Le plein-emploi est-il à portée de main ?

On dénombre 6 millions de demandeurs d’emploi toutes catégories confondues.

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Contrairement aux annonces d’Élisabeth Borne, le plein-emploi est loin d’être un objectif réalisable étant donné la situation macroéconomique actuelle et les politiques menées. L’analyse du taux de chômage n’est jamais évidente. Elle réclame de croiser une pluralité d’indicateurs au lieu d’en privilégier un seul. Rappelons-en certaines limites, avant de présenter certains signaux qui soulignent un tournant sur le marché du travail.

Derrière le taux de chômage de 7,3 %, il faut rappeler qu’une personne ayant travaillé ne serait-ce qu’une seule heure durant la période de référence ne se verra pas comptabilisée comme chômeuse au sens du Bureau international du travail (BIT). Au-delà, il existe un « halo autour du chômage », composé de près de 2 millions de personnes considérées comme inactives. On peut y trouver des femmes qui désirent travailler mais non immédiatement disponibles en l’absence de mode de garde pour leurs jeunes enfants. Alors que la définition du BIT s’appuie sur une enquête auprès des ménages, une autre source statistique existe, celle de Pôle emploi, qui comptabilise les demandeurs d’emploi en plusieurs catégories.

La catégorie A, les demandeurs d’emploi à la recherche active d’un emploi sans aucune activité, comptabilise davantage de chômeurs : près de 3 millions de personnes, contre environ 2,2 millions pour la mesure du BIT. Malgré la baisse de la catégorie A, les catégories B et C ont quant à elles augmenté cette dernière année, pour atteindre 2,3 millions de personnes en activité réduite. On y trouve des personnes employées sur de courtes durées ou à temps partiel, aux mauvaises conditions de travail, qui ne sont pas satisfaites de leur emploi, dont les perspectives ne sont pas certaines et qui continuent donc de chercher un autre travail. Leur hausse questionne la qualité des emplois retrouvés. Un jeu de vases communicants existe entre ces catégories de demandeurs d’emploi, entre travail et chômage « à plein temps ».

En se satisfaisant de notre taux de chômage actuel, on s’accommode d’une situation dans laquelle on dénombre 6 millions de demandeurs d’emploi toutes catégories confondues. C’est pourquoi cet objectif ne doit pas se réduire à un indicateur purement quantitatif. De quel « plein-emploi » parle-t-on si on y trouve une partie non négligeable de personnes qui ne travaillent que quelques heures et ne peuvent vivre dignement de leur travail ?

D’autres indicateurs mettent par ailleurs en exergue les premiers effets du ralentissement économique. L’emploi le plus flexible et le plus réactif aux évolutions de la conjoncture connaît une baisse ce dernier trimestre : c’est le cas des déclarations d’embauche dans les entreprises de moins de 20 salariés (– 8,6 %), des CDD de moins d’un mois (– 2,3 %) (1), et de l’emploi intérimaire (– 3,5 %) (2). On pourrait se réjouir que le nombre de ces contrats de courte durée diminue, si cela était compensé par des embauches en CDI. Or celles-ci ont connu une légère diminution. Un plein-emploi de qualité est un objectif souhaitable. Mais qui n’est pas atteignable à ce stade.

Par Sabina Issehnane Membre des Économistes atterrés.

(1) Stat’ur conjoncture, Aurélie Thorel, Isabelle Wehr, Viviana Zamfir, Urssaf, n° 342, avril 2022.

(2) DSN, Dares.


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