Soumettre Total

À son assemblée générale, le plan « climat » de la major des énergies fossiles a été validé par 89 % des actionnaires.

Antonin Amado  • 31 mai 2022
Partager :
Soumettre Total
© Christophe Michel / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP

Il faut remercier Patrick Pouyanné. Le patron du groupe Total a offert la semaine dernière un salutaire exercice collectif de clarification, à l’occasion de l’assemblée générale mouvementée de son groupe. À Paris, dans une salle presque vide car bloquée par des militants écologistes, le plan « climat » (le « Say on Climate » en bon français) de la major des énergies fossiles, a été validé par 89 % des actionnaires. On relèvera d’abord la lâcheté de ces détenteurs de titres, petits ou grands, incapables de prendre une position responsable sur un vote… consultatif. On saluera ensuite le courage de 9 actionnaires minoritaires qui ont estimé que Total ne prend pas réellement au sérieux la question climatique. Mais leur faible nombre, sept ans après la COP 21 et l’adoption de l’accord de Paris, ne laisse entrevoir aucun espoir du côté d’une pseudo « démocratie d’entreprise ».

Le mythe d’une autorégulation du secteur privé sur les questions environnementales a longtemps perduré. « Pas de business sur une planète morte » ne cessaient de rassurer les tenants de l’économie de marché à ceux qui, données scientifiques à l’appui, appelaient à un véritable basculement vers des économies bas carbone. Mais les grandes sociétés, particulièrement transnationales, ont leurs dynamiques propres, toutes orientées vers le profit. La preuve ? Le directeur financier de Total s’est publiquement réjoui d’une année 2021 favorable pour son groupe, marquée par un « fort rebond de la demande de pétrole et de gaz, avec des niveaux de prix élevés », dont ils ont « su tirer pleinement parti ».

Exit, donc, cette escroquerie intellectuelle. Reste désormais cette interrogation : comment soumettre Total et consorts ? Ce rôle est évidemment dévolu à la puissance publique. Mais ses représentants, une fois n’est pas coutume, devront allier détermination, anticipation, justice sociale et pédagogie. Dans un contexte où l’énergie, et particulièrement le carburant, reste le moteur de toutes les colères – les gilets jaunes sont encore dans toutes les mémoires –, c’est à eux qu’il revient d’organiser une réduction de l’offre en décarbonant les transports, en taxant les moyens de déplacement les plus polluants, en réduisant l’empreinte de l’immobilier, de l’agriculture, de l’industrie. Et en proposant une société alliant sobriété et satiété. Une gageure pour Emmanuel Macron et ses obligés. Car il n’en va pas du climat comme de la vie partisane française. Aucune manœuvre dilatoire ne saurait amadouer la réalité du réchauffement global. Face au climat, la logique du « en même temps » est vaine. Et le choix binaire : la responsabilité d’un côté. Le négationnisme climatique de l’autre.

Publié dans
Parti pris

L’actualité vous fait parfois enrager ? Nous aussi. Ce parti pris de la rédaction délaisse la neutralité journalistique pour le vitriol. Et parfois pour l’éloge et l’espoir. C’est juste plus rare.

Temps de lecture : 2 minutes
Soutenez Politis, faites un don.

Chaque jour, Politis donne une voix à celles et ceux qui ne l’ont pas, pour favoriser des prises de conscience politiques et le débat d’idées, par ses enquêtes, reportages et analyses. Parce que chez Politis, on pense que l’émancipation de chacun·e et la vitalité de notre démocratie dépendent (aussi) d’une information libre et indépendante.

Faire Un Don

Pour aller plus loin…

Marine Le Pen ne veut pas de Jordan Bardella à l’Élysée
Parti pris 7 juillet 2026

Marine Le Pen ne veut pas de Jordan Bardella à l’Élysée

En refusant de laisser son dauphin porter les couleurs du parti malgré ses déboires judiciaires, Marine Le Pen révèle une vérité politique longtemps masquée : au moment décisif, le RN demeure organisé autour d’un nom plus que d’un parti. Ce choix pourrait ouvrir une crise dont l’extrême droite ne mesure pas encore les conséquences.
Par Pierre Jacquemain
Marine Le Pen et le piège du bracelet
Parti pris 7 juillet 2026

Marine Le Pen et le piège du bracelet

En permettant l’éligibilité de la cheffe de file du RN, tout en confirmant sa condamnation, la justice place la dirigeante du RN face à ses propres déclarations. Quel que soit son choix, le coût politique s’annonce élevé.
Par Pierre Jacquemain
Le cul-de-sac Roussel
Parti pris 7 juillet 2026

Le cul-de-sac Roussel

Un constat à l’aune du 40e congrès du Parti communiste français, qui a reconduit Fabien Roussel à sa tête : plus la formation politique s’affaiblit électoralement, plus il fait de l’affirmation de son autonomie une fin en soi. L’histoire du communisme français raconte pourtant l’inverse.
Par Pierre Jacquemain
Canicule : quand médias et politiques rejouent les pires répliques des films catastrophe
Réchauffement climatique 30 juin 2026

Canicule : quand médias et politiques rejouent les pires répliques des films catastrophe

La séquence médiatique autour de l’épisode majeur de canicule de juin a dépassé la fiction des films catastrophe. Politiques, journalistes et chroniqueurs ont excellé dans le pire, du déni au mépris des scientifiques.
Par Céline Martelet et Juliette Heinzlef