Taha Bouhafs, le malaise et la gauche

Le séquençage de l’affaire Taha Bouhafs par une partie du noyau dur de La France insoumise est particulièrement malaisant.

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Le séquençage de l’affaire Taha Bouhafs est particulièrement malaisant. L’affirmer n’est une remise en question ni de la violence raciste qu’a subie le militant, investi par la Nupes pour les législatives dans le Rhône, ni de la réactivité de La France insoumise. Devoir le rappeler traduit d’ailleurs la profondeur du trouble. Revenons aux faits connus. Le 2 mai, Caroline De Haas, militante féministe, reçoit « deux témoignages différents » mettant en cause Taha Bouhafs. Des témoignages « suffisamment sérieux pour prévenir LFI ». Une cadre du mouvement est informée. Son identité n’est pas révélée. Aucune réaction n’est avérée jusqu’à ce que, le 7 mai, le comité de suivi contre les violences sexistes et sexuelles de LFI reçoive un témoignage écrit accusant Taha Bouhafs d’agression sexuelle.

Le lundi 9, les députées Clémentine Autain et Mathilde Panot convoquent le mis en cause et lui font part de l’impossibilité de maintenir son investiture. Il est convenu qu’il retire de lui-même sa candidature. L’information est transmise à un petit groupe dirigeant – notamment des membres du comité électoral dirigé par Manuel Bompard et Paul Vannier. Dans la nuit du 9 au 10, Taha Bouhafs annonce son retrait. Sur Facebook, il met en cause «une tempête d’attaques sans précédent. […] Tous les jours, une nouvelle calomnie, une nouvelle insulte, une nouvelle menace de mort, une nouvelle accusation ». Aucune mention de la nature des « calomnies ». Le 10 mai, à 7 h 23, Clémentine Autain relaie pourtant l’écrit du militant en dénonçant « la violence des attaques venues de l’extrême droite, relayées ad nauseam dans les médias, la Macronie et jusque dans certains rangs à gauche, contre un jeune homme sans diplôme, issu des [quartiers populaires] et de l’immigration ». Jean-Luc Mélenchon lui emboîte le pas à 9 h 41, fustigeant « une meute » qui « s’est acharnée contre lui ».

Cette position déclenche une vague de soutien. La gauche antiraciste s’émeut, à raison, d’un retrait officiellement dû à des attaques racistes. Quel n’est pas le malaise lorsque les véritables raisons de son abandon sont dévoilées le lendemain. Le 13 mai, Clémentine Autain, dont l’engagement contre les violences faites aux femmes ne saurait être questionné, s’explique dans L’Obs : « À ce moment-là, il n’était pas question de révéler les accusations sans le consentement des plaignantes. Désormais, nous en parlons, puisque les médias ont révélé les raisons du retrait de Taha Bouhafs. » Une partie du noyau dur de La France insoumise a-t-elle cru, dans le respect de la volonté des victimes, que l’affaire ne sortirait pas ? Si tel est le cas, il y a, a minima, une erreur de jugement. En attendant, c’est la lutte antiraciste qui trinque, et ses adversaires qui se délectent.


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