La gauche face à #Metoo

Le devoir d'entendre la parole des femmes sur les violences sexuelles et sexistes soulève parfois des questions éthiques qui n’ont pour l’instant pas trouvé de réponses.

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Embarrassée et démunie. C’est ainsi qu’apparaît la gauche face à la libération de la parole des femmes en politique. Le mouvement Metoo, nous nous en félicitons chaque semaine dans ces pages, ne cesse de prendre de l’ampleur. Force est pourtant de constater que l’affaire Éric Coquerel met au jour nos lacunes collectives en la matière. Depuis plusieurs mois, la parole des femmes est crue davantage. Un phénomène qui se propage enfin à la sphère militante après des décennies d’omerta. Le travail de terrain des associations féministes – validé par d’innombrables témoignages attestant la réalité de la domination, des agressions et des crimes – y est évidemment pour beaucoup. Mais cette confiance, qui précède une éventuelle procédure judiciaire, soulève des questions éthiques qui n’ont pour l’instant pas trouvé de réponses satisfaisantes face à l’ampleur du problème. Dans le cas du nouveau président de la commission des finances de l’Assemblée nationale, une militante l’accuse de l’avoir lourdement draguée en 2014, évoquant son « regard gluant » et plusieurs gestes déplacés. Elle a finalement porté plainte pour agression sexuelle après avoir initialement déclaré que les faits n’étaient pas judiciarisables mais également subi une très violente campagne de harcèlement en ligne.

Quelle attitude adopter vis-à-vis d’un homme, fût-il authentiquement de gauche, qui se défend farouchement de ces accusations tout en reconnaissant dans une tribune parue dans Le Journal du dimanche ne pas être « immunisé » contre les « rapports de domination masculine » qui l’ont « conditionné ». Cette prise de conscience ne peut évidemment pas servir d’excuses et contribuer à faire passer une agression sexuelle par pertes et profits. Mais elle ne doit pas compter pour rien s’il s’agit d’une attitude « beauf » qui ne peut plus avoir cours désormais. En l’état actuel des faits, faut-il écarter Éric Coquerel de ses fonctions ? Ce serait s’engager tant juridiquement, que politiquement et éthiquement sur une pente dangereuse. Mais peut-on faire comme si la parole de cette femme, attestée par plusieurs témoins, n’était jamais parvenue jusqu’à nous ? Pas davantage. L’auteur de ces lignes, blanc, en situation de pouvoir et âgé de 43 ans, est incapable de trancher la question. Reste qu’il n’existe pas de sanctions intermédiaires. Le tout ou rien actuel en la matière nous empêche de penser la réalité quotidienne des rapports de domination. Et de les transformer. La militante féministe et membre de l’Union populaire Caroline de Haas souligne quant à elle que la transparence des formations politiques sur ces affaires doit être la règle. Et invite les partis à rompre avec les pratiques du passé. Elle rappelle enfin que « la lutte contre les violences sexistes et sexuelles est une bataille qui ne s’arrête jamais ».


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