Les trous de mémoire de M. Macron

Le Président a oublié qu’en 2018 il a voulu « honorer » le « grand soldat » Pétain.

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En ce dimanche 17 juillet, Emmanuel Macron s’est donc rendu, pour commémorer les 80 ans de la rafle du Vél’ d’Hiv’, à la gare de Pithiviers (Loiret), qui fut le deuxième lieu de déportation en France durant la Seconde Guerre mondiale. L’Élysée l’avait annoncé : le chef de l’État, qui était notoirement « accompagné » de Gérald Darmanin, ministre de l’Intérieur, devait prononcer dans cette circonstance « un “discours offensif” contre l’antisémitisme », qui « rôde encore et parfois de manière insidieuse » et « préoccupant[e] », et contre « le “révisionnisme historique”, notamment sur le rôle du maréchal Pétain pendant la Seconde Guerre mondiale (1) ».

Et de fait : Emmanuel Macron a lancé un vibrant appel à « redoubler de vigilance » face à un antisémitisme « toujours vivace » qui « s’immisce dans les débats sur les plateaux de télévision », qui « joue de la complaisance de certaines forces politiques » et qui « prospère aussi autour d’une nouvelle forme de révisionnisme historique, voire de négationnisme ».

Puis le chef de l’État français, dont les propos visaient plus particulièrement l’éditocrate d’extrême droite Éric Zemmour – qui va répétant depuis 2010 que Pétain aurait « sauvé » des juifs –, a encore asséné : « Ni Pétain, ni Laval, ni Bousquet, ni Darquier de Pellepoix, aucun de ceux-là n’a voulu sauver des juifs. C’est une falsification de l’histoire que de le dire (2). »

D’évidence, Emmanuel Macron souffre donc de graves trous de mémoire. D’évidence, Emmanuel Macron a ainsi oublié qu’en 2018, un an après avoir été une première fois élu pour faire barrage à l’extrême droite, il avait voulu « honorer » le « grand soldat » Pétain (3). D’évidence, Emmanuel Macron a aussi oublié qu’en 2020 il avait longuement téléphoné à Éric Zemmour pour lui apporter son soutien après que l’intéressé avait été apostrophé un peu vivement par un passant.

D’évidence encore, Emmanuel Macron a également oublié qu’il s’est tenu coi lorsqu’en 2021 son ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin, a publié un livre dans lequel il pérorait sur « les difficultés liées à la présence de dizaines de milliers de juifs en France » à l’époque napoléonienne. D’évidence enfin, Emmanuel Macron a même oublié que des député·es de son parti viennent, en juin, d’offrir deux vice-présidences de l’Assemblée nationale à un parti cofondé par, entre autres, un ex-Waffen SS et un ancien milicien – et qu’il a lui-même invité deux représentant·es de ce parti à venir l’écouter ce dimanche à Pithiviers.

Ou alors, qui sait : peut-être qu’en réalité Emmanuel Macron se rappelle tout cela, mais qu’il fait – un peu comme s’il nous prenait encore une fois pour des imbéciles – le pari que nous en aurons, nous, tout oublié.

(1) Le Monde, 17 juillet 2022.

(2) Idem.

(3) Quelques mois plus tôt, sa ministre de la Culture avait quant à elle prévu de « célébrer » Charles Maurras, inventeur de l’antisémitisme d’État, et Jacques Chardonne, écrivain antisémite et collaborationniste.


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