Entre repli identitaire et ouverture, les communistes à l’heure du choix 

Un texte d’opposition, signé par neuf cents signataires, propose une alternative à la ligne portée par Fabien Roussel, depuis 2018. Celle-ci est jugée déconnectée des luttes actuelles et trop distante avec la Nupes. Le nouveau secrétaire national sera désigné en avril.

Jonathan Trullard  • 10 janvier 2023
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Entre repli identitaire et ouverture, les communistes à l’heure du choix 
Le secrétaire national du PCF, Fabien Rousse, en mars 2022 à Nantes.
© Sebastien SALOM-GOMIS / AFP.

« Urgence de communisme », sous ce titre, un texte alternatif qui pourrait faire chuter Fabien Roussel. Du 27 au 29 janvier prochain, les 40 000 cotisants du parti communiste français choisiront parmi les lignes présentées pour une base commune, celle qui permettra de désigner le nouveau secrétaire national lors du 39e congrès du parti, début avril, à Marseille.

Neuf cents signataires estiment ainsi impératif de changer la ligne du PCF qui, à leurs yeux, s’obstinerait à l’isolement politique. Parmi eux, deux anciens patrons du parti, Marie-George Buffet et Pierre Laurent mais aussi des dizaines de maires et parlementaires, comme Stéphane Peu et Elsa Faucillon.

Le problème du Parti communiste, c’est qu’il a été utile, et a cessé de l’être.

« Le parti ne peut plus faire bande à part », tance la députée des Hauts-de-Seine, « l’urgence est au rassemblement face au bloc macroniste et à une extrême droite à l’offensive ». Celle qui avait lancé, en 2019, un appel au « big bang » de la gauche avec Clémentine Autain, est aujourd’hui sévère sur le communisme « à œillères » de son parti, qui revendique « une primauté sur la lutte des classes sans s’articuler avec les autres formes de dominations ».

« Oscillations pendulaires »

Même point de vue pour Jean Quétier, chercheur en philosophie et signataire du texte, pour qui le communisme ne doit plus avoir un horizon lointain, hors-sol, qui tendrait à « attendre deux siècles » pour porter des mesures qui « subvertissent la logique capitaliste ».

Roger Martelli analyse les tourments actuels du PCF. Cet historien spécialiste du communisme y voit la continuation des « oscillations pendulaires, entre repli identitaire et ouverture, de cet ancien parti de masse réduit à la marginalité ». D’un côté, le risque est sa dilution dans une large force de gauche, d’un autre son isolement politique à force de faire cavalier seul.

« Le problème du Parti communiste est surtout qu’il a été utile, et a cessé de l’être », tranche l’auteur de PCF, une énigme française. Le manque de lien avec la société comme l’absence de réflexion prospective sont selon lui les symptômes d’un communisme de parti, loin de la galaxie d’autrefois, qui brillait à l’époque par son lien social-politique.

« Nous voulons d’un PCF qui soit auprès des gens et non devant, curieux et ouvert sur le monde tel qu’il est aujourd’hui et non comme il était hier », abonde Marie-Pierre Vieu, ancienne députée européenne. « Roussel cherche à rassurer avec un parti qui ne s’efface pas », analyse-t-elle, « mais pourquoi le faire contre les autres ? ».

Ian Brossat, soutient, lui, la reconduction de Roussel au poste de secrétaire national, défendant ainsi le texte adopté (à seulement 58 %) par le conseil national. L’élu parisien et porte-parole communiste fait un bilan positif de l’année écoulée, rappelant qu’un groupe communiste est toujours présent à l’Assemblée et que l’ancien candidat à la présidentielle est aujourd’hui la personnalité de gauche préférée des Français – le signe, selon lui, que le parti a « repris des couleurs ».

Le PCF n’a pas besoin d’une star mais de quelqu’un qui diffuse des idées communistes.

Une gageure pour Elsa Faucillon, qui estime que le PCF « n’a pas besoin d’une star » mais de quelqu’un qui « diffuse des idées communistes ». « C’est bien d’être médiatique, mais mieux vaudrait l’être en apportant quelque chose », termine Marie-Pierre Vieu. Ambiance…

En phase d’éclatement ?

 Qui alors pour incarner cette ligne alternative ? « Ce n’est pas un sujet à l’heure actuelle », nous répond-on sommairement, « il faut déjà que les communistes s’emparent du débat ». Une situation qui n’est pas nouvelle, Fabien Roussel aussi avait été élu sur une ligne alternative en 2018, portée à l’époque par André Chassaigne.

Le scénario est toutefois « ouvert comme il ne l’a jamais été », indique Roger Martelli, qui confirme que ce parti est « en phase d’éclatement ». Les signatures de certains poids lourds « effacent les soupçons de vouloir hypothéquer la survie du parti », se défend Marie-Pierre Vieu.

Celle-ci insiste sur le sérieux de cette opposition, avec ces profils qui ont déjà marqué l’histoire communiste par leurs désirs d’ouverture : Marie-George Buffet par exemple, qui a cofondé le Front de gauche en 2009, ou Pierre Laurent, favorable à une primaire de la gauche en 2017 avant de soutenir Jean-Luc Mélenchon.

Quel que soit le texte choisi dans quelques jours, les problèmes du PCF se posent à l’intérieur d’une gauche elle-même en crise, avec un niveau électoral historiquement bas (30 %) et des défis immenses. Ce qu’il adviendra du Parti communiste dépendra donc aussi de ce qu’il se jouera à gauche à une époque où la droite est ultra-dominante, poussée par sa branche la plus extrême.

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