Faire monter la pression

Une nouvelle journée de manifestations contre la réforme des retraites est annoncée pour le 31 janvier. Mais sans grève (générale), elle devrait avoir une efficacité nulle, comme au bon vieux temps des Chérèque et autres Thibault.

Sébastien Fontenelle  • 25 janvier 2023
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Faire monter la pression
Manifestation contre la réforme des retraites à Paris, le 19 janvier 2023.
© Lily Chavance

Après que les syndicats organisateurs de la (très belle et très enthousiasmante) manif contre la réforme des retraites du 19 janvier ont annoncé une nouvelle « journée de mobilisation » pour le 31 janvier –  douze jours plus tard, donc, si j’en crois mon boulier (1) –, le big boss de la CGT, Philippe Martinez, vient de préciser, ce dimanche, qu’il y aura cette semaine « des mouvements de grève peut-être reconductibles, des rassemblements dans les départements », et qu’« il y a » aussi « possibilité qu’il y ait » « des journées d’action pendant les vacances de février ». Est-ce que ça ne nous rappellerait pas un peu quelque chose ?

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Que n’ai-je conservé la T(exas)I(nstruments)-30 de mon adolescence ?

Bien sûr que si, Telly : pour celles et ceux d’entre nous qui ont connu les temps que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaîtreuh (2), ça remémore l’époque, point tout à fait ancienne mais point toute récente non plus, où François Chérèque (CFDT) et Bernard Thibault (CGT), also known as Jaune et Charden, organisaient, sous Sarkozy, et de loin en loin, des « journées de mobilisation » (JDM) méticuleusement calibrées, où on se retrouvait tou·tes à 14 heures à Répu pour défiler d’un pas décidé jusqu’à Nation (3), d’où chacun·e rentrait alors chez soi, juste à temps pour entendre François Chérèque et Bernard Thibault jurer en direct, depuis les plateaux des journaux télévisés de 20 heures, que si vraiment on les cherchait trop, on allait finir par les trouver, et que si Sarkozy ne lâchait pas vitement du lest, ils envisageaient même d’organiser, avant 2035, une à plusieurs autre(s) JDM.

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N’hésite pas à me dire ce que tu penses de mon imitation de Charles Aznavour : je la travaille depuis moult années.

Et bien sûr : Sarkozy ne lâchait pas du tout du lest. Car il avait mesuré exactement l’efficacité (nulle) de ces mobilisations (très) intermittentes et savait pertinemment que, même lorsqu’elles sont massives, ces protestations ponctuelles, d’une durée de quelques heures, ne sont d’aucun effet.

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Avec des fois, tout de même, un crochet par Bastille.

Macron le sait tout aussi bien : indépendamment de sa pente personnelle – qui est de se vautrer dans une ahurissante arrogance –, c’est aussi parce qu’il ne se trouve confronté (pour l’instant) à rien de plus menaçant que des manifestations à dates fixes qu’il agite les bras en criant sa « détermination » à mener à son terme sa réforme scélérate.

Il y a quelques années, le secrétaire national de l’Union syndicale Solidaires (4) avait formulé ce très utile et nécessaire rappel : « Pour porter ses fruits, une manifestation doit […] être associée à une méthode de contestation moins visible, mais plus concrète, comme la grève. » Car, « là, précisait-il, il y a blocage de l’économie ou du service public, gêne pour la population et donc pression sur le gouvernement ».

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Le Pèlerin, 9 octobre 2017.

Et bien sûr, comme nous l’enseigne l’histoire des luttes sociales, cette pression est d’autant plus forte que cette grève est générale : on espère donc très fort que Philippe Martinez, pour contrer l’extrême brutalité du pouvoir macroniste, optera vite pour cette solution, plutôt que pour des débrayages « peut-être reconductibles ». 

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Publié dans
De bonne humeur

Sébastien Fontenelle est un garçon plein d’entrain, adepte de la nuance et du compromis. Enfin ça, c’est les jours pairs.

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