Prison : la double peine des personnes en situation de handicap

Malgré des alertes récurrentes, les invalidités psychiques ou physiques des détenus sont encore trop peu dépistées et prises en compte, alors que le milieu carcéral est inadapté.

Nathalie Tissot  • 18 janvier 2023 abonné·es
Prison : la double peine des personnes en situation de handicap
5,4 % de la population carcérale est touchée par le handicap, selon l'administration pénitentiaire.
© Ludovic MARIN / AFP.

Pauline Depirou avait 26 ans quand elle s’est pendue dans sa cellule à la maison d’arrêt de Caen (Calvados) en février 2020. Elle était pourtant libérable six mois plus tard. Mais la souffrance était devenue insupportable pour la jeune femme, qui avait déjà tenté de mettre fin à ses jours quatre fois en un an et demi. Son handicap psychique, de type psychotique, connu depuis l’enfance, s’était aggravé derrière les barreaux, où son comportement violent entraînait toujours plus de restrictions.

Dans un courrier d’octobre 2018 adressé à la mère de la jeune femme, le directeur du centre pénitentiaire de Rennes (Ille-et-Vilaine) reconnaissait : « Il est indéniable que l’emprisonnement de votre fille mériterait une prise en charge complémentaire sur le plan sanitaire et un accompagnement médico-psychologique à un niveau adapté. »

Malgré les alertes de la famille, de son avocat, des experts, de la détenue elle-même, qui demandait encore quelques heures avant sa mort de partager sa cellule, l’administration pénitentiaire n’a pas pris les mesures adaptées pour la protéger. À ce titre, l’État a été condamné, mi-novembre 2022, à indemniser la famille de Pauline Depirou à hauteur de 100 000 euros par le tribunal administratif. Il n’a pas fait appel.

Cette décision, sans précédent à ce degré de juridiction, souligne en filigrane l’incompatibilité du handicap avec l’emprisonnement. « Elle fait reposer toute la faute sur l’administration pénitentiaire. Ce n’est qu’une partie du problème car ce n’est pas elle qui décide de qui va ou ne va pas en prison », commente Pauline Petitot, de l’Observatoire international des prisons, qui a publié un rapport en juillet 2022 sur les difficultés d’accès aux soins spécialisés en détention. La chargée d’enquête déplore que les suspensions et aménagements de peine pour raisons médicales ne soient accordés qu’aux mourants.

Privations de droits

Le milieu carcéral paraît pourtant « absolument inadapté » aux handicaps, selon l’Association des professionnels de santé exerçant en prison. « Nous avons eu l’exemple d’un magistrat qui avait écroué une personne tétraplégique. Où mettons-nous les limites ? »

Envie de terminer cet article ? Nous vous l’offrons !

Il vous suffit de vous inscrire à notre newsletter quotidienne :

Vous préférez nous soutenir directement ?
Déjà abonné ?
(mot de passe oublié ?)
Société
Temps de lecture : 9 minutes

Pour aller plus loin…

Loana Petrucciani : l’exploitation des femmes pauvres par la téléréalité est un spectacle mortel
Analyse 27 mars 2026 abonné·es

Loana Petrucciani : l’exploitation des femmes pauvres par la téléréalité est un spectacle mortel

L’histoire de la première vedette française de télé-réalité rappelle ce que la notoriété fait aux femmes : elle les tue, réellement ou symboliquement, comme pour expier la misogynie d’une société entière.
Par Nesrine Slaoui
« Il fallait que Loana meure pour qu’on en parle vraiment »
Entretien 27 mars 2026 abonné·es

« Il fallait que Loana meure pour qu’on en parle vraiment »

Le décès de Loana Petrucciani ravive un malaise collectif longtemps tu. L’essayiste Rose Lamy décrypte comment le mépris de classe a façonné la trajectoire d’une femme déplacée dans un monde qui ne voulait pas vraiment d’elle.
Par Juliette Heinzlef
« L’Union européenne et ses États membres rêvent de camps pour des dizaines de milliers de personnes »
Entretien 26 mars 2026 abonné·es

« L’Union européenne et ses États membres rêvent de camps pour des dizaines de milliers de personnes »

Marie-Laure Basilien Gainche, professeure de droit public analyse en quoi le règlement « Retour » voté aujourd’hui par le Parlement européen bafoue des droits fondamentaux. Pour elle, ces derniers sont perçus « comme des contraintes » par l’Union européenne dans la mise en œuvre de ses politiques d’éloignement.
Par Pauline Migevant
« Le 21 mars, à Nanterre, nous marcherons pour Nahel et contre les violences policières »
La Midinale 20 mars 2026

« Le 21 mars, à Nanterre, nous marcherons pour Nahel et contre les violences policières »

Samedi 21 mars, à 14 h 30, une marche pour Nahel et contre les violences policières se lancera depuis les abords du lycée Joliot-Curie à Nanterre. Après la requalification du meurtre en violences (mais avec le pourvoi en cassation du parquet), Mornia Labssi, militante antiraciste et co-organisatrice de la marche, est l’invitée de « La Midinale ».
Par Pablo Pillaud-Vivien