En Turquie, les Syriens face à un futur incertain

Au lendemain de la réélection de Recep Tayyip Erdoğan, les 3,7 millions d’exilés craignent pour leur avenir après une surenchère anti-étrangers qui a largement animé l’entre-deux-tours de la présidentielle.

Hugo Lautissier  et  Inès Gil  • 31 mai 2023 abonné·es
En Turquie, les Syriens face à un futur incertain
Asma, comme la plupart des Syriens de Turquie, a soutenu Erdoğan, qui ne lui promet pas un retour en Syrie.
© Hugo Lautissier

Échec et mat ! » Adel balaye les pièces du plateau d’échecs d’un revers de main et saisit une cigarette : « C’est comme ça chaque semaine », frime-t-il, sourire aux lèvres. Son voisin, Murad, se tourne vers lui : « C’est quoi, le film projeté ce soir ? » « Je ne sais pas, lui répond Adel, on verra après le dîner. » Tout autour, des dizaines de personnes s’agitent dans une ambiance familiale.

Au centre Addar, chaque vendredi soir, une petite communauté de Syriens, des familles et des étudiants, se retrouve pour partager un dîner, jouer aux échecs ou au ping-pong, et regarder un film. « C’est un moment d’apaisement. On oublie ce qui se passe à l’extérieur », affirme Adel. Réfugié à Istanbul depuis 2015, ce jeune homme de 24 ans donne des cours de boxe pour joindre les deux bouts. « J’étais dans l’équipe nationale syrienne avant mon départ », dit-il avec fierté. Arrivé adolescent dans la mégalopole, il s’est intégré à la société turque « sans grande difficulté ».

Cette incertitude sur notre futur est dure à vivre. J’ai l’impression d’être libre et en prison à la fois.

Mais, ces dernières années, il souffre de la montée du discours anti-réfugiés. « On fait face à beaucoup de racisme. Les Syriens sont inquiets, car leur situation semble inéluctablement s’aggraver, explique-t-il. Le leader de l’opposition, Kılıçdaroğlu, avait affirmé qu’il renverrait ses “frères” syriens chez eux s’il arrivait au pouvoir. Ses

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