« La nostalgie, ce n’est pas pour nous »
Vingt-cinq ans après sa sortie, Jeanne et garçon formidable, d’Olivier Ducastel et Jacques Martineau, retrouve le chemin des salles dans une version restaurée. Une comédie musicale qui a gardé toute sa fraîcheur, sa fantaisie, sa charge politique et sa gravité.
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© Malavida Rememora
Pour quelles raisons un film ne vieillit-il pas ? Vingt-cinq ans après sa sortie, en avril 1998, Jeanne et le garçon formidable a gardé tout son éclat et sa modernité. Sans doute parce que sa singularité lui a permis de s’extraire de la gangue de son époque. Le réel n’y est pourtant pas absent. Au contraire, il innerve le film, en est sa chair : Jeanne (Virginie Ledoyen) tombe amoureuse d’Olivier (Mathieu Demy), malade du sida. Or l’action se déroule avant l’arrivée des trithérapies, les patients atteints du VIH mouraient en masse.
Mais Olivier Ducastel et Jacques Martineau, dont c’était le premier long-métrage, et qui signeront plus tard Crustacés et coquillages (2005) ou Haut perchés (2019), leur dernier film en date, avaient décidé de faire de cette histoire d’amour et de mort une comédie musicale, où le tragique rencontre la pleine fantaisie. Jeanne et le garçon formidable n’est pas un film comme un autre pour Politis puisque nous avions choisi de le mettre en une du journal tant il nous semblait capital. Un quart de siècle plus tard, en reparler avec ses réalisateurs s’imposait.
En avril 1998, Politis mettait le film en couverture de son numéro 492.D’où vous est venu le désir de faire, pour votre premier long-métrage, une comédie musicale ? Et qui plus est une comédie musicale avec le sida en arrière-fond ?
Olivier Ducastel et Jacques Martineau : Parlons d’évidence. Pour tous les deux, la comédie musicale était une forme qui s’imposait. Le sida, lui, était dans nos vies depuis largement plus d’une décennie. L’engagement militant aussi. On fait, on doit faire un premier film avec une matière intime : pour nous, c’était le chant, la musique, la danse et le sida. Et, bien sûr, parce qu’à l’époque on ne pouvait pas dire ouvertement que Jacques Demy était mort du sida en 1990, une comédie musicale sur cette maladie pour affirmer combien nous aimions son cinéma, c’était une évidence.
Une idée est très présente dans Jeanne et le garçon formidable : l’amour n’est pas plus fort que la mort. Pourquoi ?
Parce qu’il nous paraissait important de lutter contre un certain romantisme mal compris qui sous-tendait la majorité des représentations du sida à l’époque. Le film tient un discours militant d’une grande simplicité. Vivre, aimer, faire l’amour sont des choses exquises et désirables ; mourir du sida n’a rien de romanesque. Autrement dit : protégez-vous ! Face à la mort, l’amour, en définitive, n’est pas d’un grand secours. Il vaut sans doute mieux mourir entouré de l’amour de nos proches, mais ça ne nous sauvera pas. Nous voulions, nous le voulons toujours dans notre cinéma, amener nos spectateurs à regarder la vie et refuser la fascination pour la mort qui hante de trop nombreuses fictions. La mort est une réalité de l’existence, nos films n’ont pas peur d’en parler et de la montrer, mais c’est la vie seule qui nous intéresse. Nous aimons beaucoup une des traductions possibles du célèbre « To be or not » : il n’est pas impensable que Shakespeare ait écrit quelque chose de moins banal que ce que donne la traduction habituelle. Non pas « être ou ne pas être, là est la question », mais
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