« La gauche a négligé le football comme terrain d’expérimentation du libéralisme »
Collaborateur de Politis, Jérôme Latta livre une enquête originale sur le football, qui expose avec précision les rouages d’une industrie qui a exploité comme nulle autre toute la perversité des leviers de la doctrine libérale
dans l’hebdo N° 1786 Acheter ce numéro

© Maxime Sirvins
Né à Saint-Étienne en 1968, Jérôme Latta grandit inévitablement avec « l’épopée des Verts ». Quelques années après un DEA de sociologie, il fonde en 1997, avec deux amis, les Cahiers du football – site Internet « satirique et critique » qui sera aussi un mensuel (2003-2008) et une revue (2018-2021). Chroniqueur sport pour Le Monde, il collabore à divers médias indépendants, dont Politis et Alternatives économiques.
Vous démontrez que les évolutions du monde du football européen ont toutes convergé vers un accroissement des inégalités sportives et économiques. Et pourtant, à l’exception de quelques épisodes outranciers, le sujet est absent du débat public. Pourquoi ?
Jérôme Latta : Le football européen, objet central de mon analyse, a connu une profonde révolution libérale et élitiste. Elle a débouché sur la création d’une petite oligarchie de clubs européens qui ont accaparé l’essentiel des ressources, pour s’installer de manière très durable au sommet du système compétitif – sportif et économique. Pour comprendre la dynamique inégalitaire extrêmement puissante qui y a présidé, il faut mettre en perspective trente ans d’évolutions. Ces évolutions n’ont que très peu été analysées. D’abord parce que les médias spécialisés n’y ont guère contribué. La presse sportive est plutôt conservatrice, elle se cantonne globalement à la célébration de la geste sportive, et dans un flux d’actualités multiquotidiennes. C’est un handicap structurel quand il s’agit de produire un discours critique et politique.
Autre facteur, une posture fataliste, un genre d’« Il n’y a pas d’alternative ». L’accroissement des inégalités entre clubs a pris l’apparence d’un phénomène naturel ou logique, alors que les mécanismes inégalitaires qui en sont la cause sont pour la plupart parfaitement artificiels. Ils relèvent d’une politique d’accaparement destinée à faire ruisseler les ressources économiques et sportives du football vers le haut. En particulier, la dérégulation du marché des transferts de joueurs, consécutive au fameux
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