« Il y a une volonté d’effacement du peuple palestinien »

Pour Isabelle Avran, cofondatrice de l’Association France Palestine solidarité, le massacre de la bande de Gaza par Israël est l’acmé inédite d’une volonté d’éradication du fait palestinien.

Patrick Piro  • 13 mars 2024 abonné·es
« Il y a une volonté d’effacement du peuple palestinien »
Deux Palestiniens, devant l'hôpital Al-Najjar à Rafah, dans le sud de la bande de Gaza, à la suite des frappes israéliennes du 13 mars 2024.
© MOHAMMED ABED / AFP

Alors que l’intervention militaire israélienne à la suite des attaques terroristes du Hamas, le 7 octobre dernier, dure depuis plus de cinq mois, plusieurs gouvernements la qualifient de désormais de génocidaire, reprenant un vocable que scandent les mobilisations citoyennes, qui ne faiblissent pas à travers le monde pour réclamer un cessez-le-feu immédiat et la libération de la Palestine, constate Isabelle Avran, journaliste, autrice d’ouvrages sur le Proche-Orient et confondatrice de l'Association France Palestine solidarité.

Plus de 30 000 morts : aussi considérable qu’il soit, surtout rapporté à une population de 2,5 millions de Gazaoui·es, le chiffre peine pourtant à rendre compte de la catastrophe humanitaire en cours…

Et l’on est incapable de dénombrer les personnes encore sous les décombres, dont des milliers d’enfants. Les chiffres augmentent tous les jours, alourdis par les décès dus au manque d’accès aux médicaments, touchant des enfants en masse. Des gosses meurent de faim désormais, c’est totalement insupportable. Les hôpitaux ont été en grande majorité détruits, totalement ou partiellement.

"On ampute en moyenne dix gamins chaque jour, d’un bras, d’une jambe, d’une main, d’un pied, sans aucune anesthésie..." (Photo : Maxime Sirvins.)

Selon le personnel médical, on ampute en moyenne dix gamins chaque jour, d’un bras, d’une jambe, d’une main, d’un pied, sans aucune anesthésie, et certains meurent sous la douleur. Mais ces chiffres inimaginables ne disent pas ce que chacun vit, subit au quotidien, ni ce que sera l’avenir d’enfants qui boivent l’eau d’une flaque boueuse pour survivre, de ces petits qui raclent des casseroles où il n’y a plus rien, disent ne rien avoir mangé depuis cinq jours, qui pleurent leurs parents tués, de ces parents et ces grands-parents qui ont perdu tous les leurs.

Sommes-nous suffisamment sensibilisés à ce qui se passe sous les bombes dans la bande de Gaza ?

Samedi 9 mars, alors que les mobilisations n’ont pas cessé pendant plus de cinq mois, déjà, d’une guerre d’une ampleur et d’une intensité inédites contre tout un peuple, plusieurs dizaines de milliers de citoyennes et de citoyens ont marché à l’appel du Collectif national pour une paix juste et durable entre Palestiniens et Israéliens, à Paris et dans plusieurs villes du monde. Ces manifestations témoignent de ce que les sociétés n’acceptent pas l’indifférence, ni le silence, et encore moins la complicité avec le massacre de plus de 30 000 êtres humains déjà à Gaza, ni la pénurie organisée par Israël – vivres, médicaments, anesthésiques, eau potable, etc.

Les agences de l’ONU et les ONG sur place

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Monde
Publié dans le dossier
Les enfants sacrifiés de Gaza
Temps de lecture : 7 minutes

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