Lyonel Trouillot, une littérature anti-petit-bourgeois
Le grand écrivain haïtien publie un recueil de nouvelles et un livre évoquant ses engagements dans l’écriture.
dans l’hebdo N° 1819 Acheter ce numéro

© Jean-Claude Bourjolly
« Les policiers patrouillaient le quartier à la recherche d’un ancien haut fonctionnaire considéré […] comme un opposant. Comment savoir ? Opposant est un mot courant dans le parler des autorités. Ces hommes encagoulés, on ne sait même pas si ce sont des policiers ou des sbires recrutés dans le personnel des gangs. Il y a longtemps que les choses ont viré à leur contraire, et la ville est peuplée d’étranges synonymes : gangs, police, pouvoir, bandits. »
Ces lignes sont tirées des nouvelles que Lyonel Trouillot fait paraître chez Actes Sud, où il a publié tous ses romans, dont Veilleuse du Calvaire, le dernier en date. On y retrouve ce que nous apprécions particulièrement chez ce grand écrivain pas encore suffisamment reconnu en tant que tel : son regard tendre et espiègle sur la plèbe haïtienne – au sein de laquelle il a choisi de vivre depuis des décennies. La violence, la pauvreté, l’injustice du sort réservé aux vaincus en est le lot, en particulier pour les femmes, auxquelles l’auteur réserve toujours de beaux personnages. Comme ici dans « Esprit de famille », où mère et fille font front contre leur mari et père d’une manière très transgressive.
Le recueil aurait pu s’intituler Histoires des simples, tant elles sont peuplées de gens ordinaires – dont l’existence, elle, est compliquée. Mais son titre est Histoires simples, sans doute parce qu’elles touchent directement. Or la simplicité en art, à ne pas confondre avec l’indigence, est fort difficile à atteindre. Il y faut une abnégation créatrice et une éthique littéraire, c’est-à-dire une position particulière vis-à-vis de celles et ceux que l’on met en scène.
"Éthique de la modestie"C’est ce dont on se rend compte à la lecture du second ouvrage que Lyonel Trouillot fait paraître, Lettre à Matys. Sous-titre : « Sur la littérature et autres choses humaines ». Un livre passionnant qui nous introduit dans l’atelier de l’écrivain, où règnent de grands idéaux. Comme celui, notamment, de « l’éthique de la modestie ». « Je ressens cette obligation de participer au tracé de cette épopée des humbles, des vaincus », écrit-il, qu’il imagine ayant tenu des « carnets »
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