Aurélien Bellanger : « Le Printemps républicain est l’idiot utile du RN »
Dans son nouveau roman, Les Derniers Jours du Parti socialiste, Aurélien Bellanger dépeint un journaliste racontant la création du Printemps républicain et l’ascension de deux intellectuels médiatiques, toujours plus proches de l’extrême droite. Entretien.
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© Geoffroy VAN DER HASSELT / AFP
Dans son nouveau roman, Les Derniers Jours du Parti socialiste (Seuil), Aurélien Bellanger dépeint un journaliste racontant la création du Printemps républicain et l’ascension de deux intellectuels médiatiques, toujours plus proches de l’extrême droite.
Vous racontez de manière très critique ce petit groupe d’intellectuels, philosophes et journalistes qui défendent et veulent diffuser au sein de la gauche un discours sur la laïcité se confondant avec l’islamophobie. Est-ce qu’il existe, selon vous, un discours sur la laïcité louable à gauche ? Et si oui, où se trouve-t-il ?
Aurélien Bellanger : Je ne suis pas un spécialiste de la laïcité. Mon point d’entrée dans ce roman, c’est le caractère délirant de l’islamophobie en France. Je me suis donc intéressé à la laïcité quand l’Observatoire de la laïcité a été très critiqué, parce qu’il faisait prétendument le jeu du communautarisme. On entendait alors que la religion appartenait d’abord à la sphère privée, mais que ce principe s’appliquait surtout aux musulmans. Il n’a jamais été question, de fait, de dissimuler les clochers d’église. Cette dissonance m’a intéressé. Je voulais montrer, quitte à exagérer, que ceux qui défendent les instructions trop fortes de l’islam dans la société sont les mêmes qui ont trouvé que la loi de 1905 allait trop loin parce que la France, en dernier lieu, était la fille aînée de l’Église.
Vous racontez l’ascension progressive de plusieurs personnages carriéristes. Dans ce cadre-là, l’islamophobie est-elle concrètement une idéologie qu’ils souhaitent porter, ou bien est-ce un argument de vente, parce qu’en ce moment cette idée-là a le vent en poupe, notamment avec la normalisation de l’extrême droite ?
Bonne question. Le font-ils strictement par cynisme ? C’est beaucoup plus profond que la question de l’islamophobie. Ils occupent une posture de gauche qui a été à un moment porté par le chevènementisme, à un autre moment par Clemenceau, avant lui par Michelet, etc. Cette gauche qui était jusque-là assez marginale a pu réunir des courants de pensée très différents sur le thème de la laïcité. Aujourd’hui, ils se sont retrouvés dans le Printemps républicain, et se présentaient même comme les représentants de la « vraie gauche ».
Cela a permis à cette gauche de surfer sur les événements. Toutes proportions gardées, il s’est passé la même chose aux États-Unis : la révolution néoconservatrice n’avait pas strictement besoin du 11-Septembre. Elle existait avant mais les attentats lui ont permis d’asseoir sa domination intellectuelle. Les attentats de 2015, en France, ont permis au Printemps républicain de se trouver une cohérence historique.
Page 213, Charb dit : « Nous pourrions être devenus, à notre corps défendant, une arme entre les mains du camp réactionnaire. » Est-ce que, selon vous, le Printemps républicain et ses réseaux ont construit un pont avec l’extrême droite ?
Charlie Hebdo est passé d’un modèle de provocation générale contre la police, l’État, l’armée, à une agence intergouvernementale du rire. D’une instance de critique, ils sont devenus une instance qu’il fallait défendre. Ils ne l’ont pas spécialement cherché, mais c’est une sorte de piège qui s’est refermé sur eux. Dans quelle mesure ont-ils été utiles à la montée du Rassemblement national ? Il s’est passé la même chose entre, d’un côté, le féminisme et l’homosexualité, et de l’autre, la caricature et le blasphème. Initialement, c’étaient des valeurs critiques dirigées contre la société. Mais, aujourd’hui, ce sont des produits d’exportation. L’Occident, c’est devenu un ensemble de pays qui défendent les femmes, les minorités sexuelles et les caricaturistes.
Avec leur théorie de l’arc républicain ils fabriquent un terrain et une alliance entre le centre et l’extrême droite.
Le RN est passé d’une condamnation droitarde assez classique de l’homosexualité à : s’il y a trop de musulmans en France, les homosexuels seront en danger. De façon très opportuniste, ce grand parti réactionnaire a pu défendre des valeurs progressistes, en pointant du doigt des pays où ces valeurs sont bafouées. Et les caricatures obéissent à la même logique. Du côté du Printemps républicain, ce sont vraiment des idiots utiles du RN. Franc-Tireur met sur le même plan l’extrême droite et La France insoumise. Mais on constate – et cette semaine en fournit encore un exemple – que le centre politique se sent très à l’aise avec l’extrême droite.
Ils ne se rendent pas compte qu’avec leur théorie de l’arc républicain ils fabriquent un terrain et une alliance entre le centre et l’extrême droite, représentée par ces gens avec qui il serait devenu possible
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