Chez Jean-Michel Blanquer, des débats qui visent les musulmans

Fin août, avait lieu l’université d’été du Laboratoire de la République, think thank fondé par Jean-Michel Blanquer en 2021. Dans certains ateliers, une partie de l’auditoire et des intervenants ont eu des échanges racistes, centrés notamment sur l’islam.

Pauline Migevant  • 11 septembre 2024 abonné·es
Chez Jean-Michel Blanquer, des débats qui visent les musulmans
Le Laboratoire de la République, think tank de Jean-Michel Blanquer, tenait son université d'été le 30 août. Les musulmans ont beaucoup occupé les conversations.
© Pauline Migevant

Dans la salle verte de la bibliothèque d’Autun, en Saône-et-Loire, une femme, médecin dans un centre médico-psychologique, prend la parole, outrée : « Je suis étonnée du nombre explosif de personnes en situation irrégulière qui saturent totalement le système de soins. Vous faites une tentative de suicide, vous restez 24 heures ; vous êtes un Africain, vous restez un an, deux ans, trois ans. Est-ce que ça, vous le prenez en compte dans le calcul de la pauvreté ? »

La question est adressée à Nicolas Pouvreau-Monti, fondateur de l’Observatoire de l’immigration et de la démographie (OID). La scène se passe le vendredi 30 août, à l’atelier « démographie et immigration » de l’université d’été du Laboratoire de la République, think thank fondé en 2021 par l’ex-ministre de l’Éducation nationale Jean-Michel Blanquer, pour promouvoir les valeurs de la République. L’événement, dont la communication est assurée par Image 7, l’agence d’Anne Méaux (1), regroupe 500 personnes selon les organisateurs. En ce vendredi matin, les dix ateliers correspondent aux dix commissions du cercle de réflexion.

À l’atelier sur l’immigration, Nicolas Pouvreau-Monti égrène chiffres et statistiques liant démographie, fécondité, immigration. L’autre invité, Fernand Gontier, ancien directeur de la police aux frontières, s’exprime sur le contrôle de ces dernières avant d’être interrogé sur le lien entre délinquance et immigration. Le but de la discussion, a précisé en introduction le modérateur, est de « remettre les pendules à l’heure » sur un sujet « qui fait souvent l’objet d’une lecture idéologique ». Après une heure d’exposé, une femme prend la parole : « Merci pour le débat apaisé. Parce que j’ai peur de passer pour une fasciste quand je dis qu’il y a un problème d’immigration. »

Les analyses produites par l’OID ne sont pourtant pas dépourvues d’idéologie. Son fondateur, Nicolas Pouvreau-Monti, est proche de l’eurodéputée Reconquête ! Sarah Knafo, selon le livre enquête L’Extrême Droite, nouvelle génération (Marylou Magal et Nicolas Massol, Denoël, 2 024). En novembre dernier, il introduisait un colloque ­organisé par la fondation Identité et démocratie, un think thank du groupe d’extrême droite au Parlement européen. Parmi les membres qui composent le conseil d’orientation de son observatoire (censé fixer les axes prioritaires et l’indépendance de l’institut), Pierre Brochand a été conseiller d’Éric Zemmour et Xavier Driencourt celui du Rassemblement national.

Ce dernier est aussi membre, avec l’avocat Thibault de Montbrial, du comité stratégique du média d’extrême droite Frontières (anciennement Livre noir) financé par un proche d’Éric Zemmour. Enfin, Michel Auboin (qui fait aussi partie du comité scientifique du Laboratoire de la République) a participé en mars dernier aux états généraux de l’immigration, organisés par le Rassemblement national.

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