Avec Michel Barnier à Matignon, les droites en mode fusion
La désignation au poste de premier ministre de cette figure aux positions radicales précède la création d’une union des libéraux et conservateurs. La Macronie pourrait ainsi marcher dans le sillage de l’extrême droite.
dans l’hebdo N° 1827 Acheter ce numéro

Et si c’était le dernier des gaullistes du pays qui arrivait à fracasser le paysage de la droite en France ? En nommant à Matignon Michel Barnier, qui se définit comme un libéral proeuropéen, Emmanuel Macron essaie, tant bien que mal, d’éviter une cohabitation qui s’inscrirait frontalement en opposition avec sa politique économique et sociale. Le chef de l’État était à la recherche d’un « parfum de cohabitation » ou d’une « coexistence exigeante ». Mais accepter l’analyse élyséenne serait ignorer une grande partie des positionnements du nouveau premier ministre.
Car, ces dernières années, Michel Barnier, issu d’une famille politique qui a refusé de faire front républicain entre les deux tours des législatives, s’est plutôt illustré avec des positionnements bien en phase avec la droite radicale sur les sujets régaliens. Candidat à la primaire de la droite en 2021, il propose un « moratoire » sur l’immigration pour freiner les régularisations et le regroupement familial, plaide pour le retour des peines planchers, ne s’empêche pas d’établir un lien entre les flux migratoires et le terrorisme, et défend la suppression du droit du sol à Mayotte. Loin du « gaullisme social » qu’il revendique.
Depuis sept ans, le chef de l’État s’emploie à aspirer l’électorat de droite, tentant de pousser l’espace idéologique macroniste en dehors du bloc central, en phase d’effritement depuis 2022. Mais en choisissant une personnalité aux positions compatibles avec le Rassemblement national (RN), Emmanuel Macron construit un pont volontaire avec l’extrême droite.
L’analyse est presque assumée au sein des troupes macronistes : « Michel Barnier est un grand Européen. C’est quelqu’un qui a une expérience de l’État très forte et qui permettra, avec [ses] prises de position en matière de sécurité et d’immigration, de répondre à la colère des Français qui s’est exprimée chez les électeurs du Rassemblement national », estime Mathieu Lefèvre, député Ensemble pour la République (EPR) et proche de Gérald Darmanin.
Le RN en position d’arbitreÀ droite et au sein du bloc central, le poids de l’assentiment du RN dans le choix du premier
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