Pesticides : La Rochelle marche pour sa santé

Le 12 octobre, les opposants à l’agrochimie défileront dans la cité maritime. Face aux alertes à répétition aux pollutions de l’air et de l’eau, des citoyens et des élus se sont mobilisés pour faire entendre leurs inquiétudes et défendre la transition agricole.

Sylvain Lapoix  • 9 octobre 2024 abonné·es
Pesticides : La Rochelle marche pour sa santé
Les épandages contaminent nappes phréatiques et cours d’eau à la moindre pluie.
© Jean-Francois FORT / Hans Lucas / AFP

Face à l’horizon gluant de la terre d’automne fraîchement fauchée des pois, blés tendres et tournesols, l’école du Nouveau Monde recevait ce jour-là l’animatrice de l’association Nature environnement 17. Venue présenter les « classes nature », Lucille Grizeau a vu se lever trois mains fébriles à l’évocation des gambades enfantines en plein air : « Est-ce qu’il n’y a pas un risque avec les pesticides ? »

« C’était la première fois qu’on me demandait ça, avoue l’éducatrice à l’environnement, décontenancée. Je ne savais pas quoi dire, alors j’ai dit la vérité : que leurs enfants n’y seraient pas plus exposés que dans leurs jardins. » Pas forcément rassurés, les trois parents tenaient leurs inquiétudes d’une réunion d’information sur les risques liés aux pesticides dans l’agglomération de La Rochelle. Le fruit d’un long cheminement.

La prise de conscience de l’enjeu de santé environnementale a trouvé un terreau fertile dans l’arrière-pays de la cité maritime. Depuis quelques années, les records d’exposition aux pesticides dans l’air et l’eau se succèdent avec une régularité de métronome : glyphosate, chlortoluron, lindane ou prosulfocarbe.

Il aura cependant fallu une combinaison d’actrices et d’acteurs pour que la mobilisation débouche sur un ralliement : le 12 octobre, activistes, scientifiques et élu·es de la France entière défileront à l’ombre des voiles et des tours lors de la troisième marche faisant suite à l’Appel de La Rochelle pour la transition agricole et pour la sortie des pesticides de synthèse. Un symbole fort tant l’air, l’eau et même les pierres sont marquées par l’emprise de l’agriculture intensive.

Une débauche de chimie

Comme le rappelait la banderole « L’agro-industrie =  » déployée par les activistes d’Extinction Rebellion le 2 septembre 2023, c’est dans le port de La Rochelle qu’aboutit le système agricole de la plaine poitevine. Quadrillée par de puissantes coopératives (Terre Atlantique, Ocealia, Soufflet, etc.), la région Poitou-Charentes déroule un tapis de grandes cultures largement destinées à l’exportation et aux semences.

De quoi justifier d’étirer sur la plaine les bâches des mégabassines et les bras de libellule des pulvérisateurs. Cette débauche de chimie ruisselle hélas dans un système hydrographique fragile : faute de nappes phréatiques profondes, le département ne tire son eau que des eaux de surface et des nappes superficielles contaminées à la moindre pluie par les épandages.

« Les élus ne connaissaient rien à la gestion de l’eau, explique, encore moqueur, Denis Thibaudeau, vice-président du collectif Eau publique 17 et ancien élu local. La Saur, qui était délégataire à La Rochelle, leur balançait un rapport de 160 pages, ils regardaient combien ça coûtait à la collectivité : zéro ! Résultat, les habitant·es payaient une des eaux les plus chères de France et les puits étaient fermés en masse. »

En mars 2013, un médecin interpellé par une patientèle inquiète des traitements chimiques qui nimbent les vergers du sud du Limousin crée l’association Alerte des médecins sur les pesticides, avec l’Appel de mars 2013 signé par 1 500 praticien·nes : « Nous voulions soutenir les riverains face au mépris de la sous-préfète de l’époque envers nos demandes, mais nous manquions de données, récapitule le lanceur d’alerte Pierre-Michel Périnaud. Ce qui nous intéressait, c’était le cœur du sujet des pesticides : les grandes cultures. »

En 2017, dans les salles d’attente des services d’oncologie de Poitiers, Nantes, Bordeaux et Paris, les parents d’enfant malades font

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