La santé, c’est (avant tout) celle des hommes !

Les stéréotypes sexistes, encore profondément ancrés dans la recherche et la pratique médicales, entraînent de mauvaises prises en charge et des retards de diagnostic. Les spécificités féminines sont trop souvent ignorées dans les essais cliniques, et les symptômes douloureux banalisés.

Thomas Lefèvre  • 21 novembre 2024 abonné·es
La santé, c’est (avant tout) celle des hommes !
© Alexander Grey / Unsplash

Lors d’un arrêt cardiaque en dehors de l’hôpital, les femmes ont un risque de décès deux fois plus élevé par rapport aux hommes, d’après la fondation Agir pour le cœur des femmes. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) rappelle que les maladies cardiovasculaires sont la première cause de mortalité féminine, ce qui représente 200 décès par jour en France.

Les biais sexistes influencent la recherche, les pratiques des soignants et le comportement des malades, au risque d’entraîner une mauvaise prise en charge des femmes. Les discriminations de genre persistent dans le monde des soignants : 39 % des femmes médecins ont été victimes de violences sexistes ou sexuelles pendant les douze derniers mois d’après le baromètre 2024 de l’association Donner des elles à la santé.

L’association alerte sur un autre point : même si la parité est atteinte pour les médecins en poste permanent à l’hôpital, les fonctions à responsabilité sont encore majoritairement attribuées à des hommes. À titre d’exemple, seuls 20 % des prestigieux postes de professeur des universités-praticien hospitalier sont aujourd’hui occupés par des femmes.

Une chaîne d’inégalités

La prise en compte des inégalités de genre dans la recherche médicale est très récente. En particulier pour toutes les maladies qui touchent le cœur et les vaisseaux sanguins. « Avant, on s’occupait assez peu du cœur des femmes, regrette Geneviève Plu-Bureau, professeure de gynécologie médicale et docteure en biomathématique. Les études sur les risques cardiovasculaires ne prenaient pas en compte le genre. » Les femmes ont d’abord été écartées de la majorité des essais cliniques en cardiologie à cause du risque de grossesse.

Les chercheurs ont ainsi longtemps supposé que les résultats obtenus sur des populations masculines pouvaient s’appliquer aux populations féminines. Or « il existe des facteurs de risques particuliers pour les femmes », poursuit Geneviève Plu-Bureau. Si le problème a été identifié, il persiste néanmoins : seulement 38 % des participants aux essais cliniques de cardiologie réalisés entre 2010 et 2017 étaient des femmes, d’après l’American Heart Association.

Le manque de représentativité dans les résultats de recherche a un impact direct sur les pratiques des médecins. « Il existe une véritable chaîne d’inégalités, de l’identification des facteurs de risque à la prise en charge par le personnel médical (comme l’adaptation des doses de traitement, par exemple) en passant par les campagnes de

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