« La paresse, c’est précisément le non-travail »

Dans Paresse pour tous, le romancier Hadrien Klent imagine un candidat à la présidentielle faire campagne sur une idée radicale : la semaine de 15 heures. Une mesure à l’opposé des injonctions à travailler toujours plus, qui permettrait « d’envisager une autre façon de vivre ».

Pierre Jequier-Zalc  • 18 décembre 2024 abonné·es
« La paresse, c’est précisément le non-travail »
© Vika Strawberrika / Unsplash

Un roman comme un bol d’air. Dans une société où le travail envahit nos vies, Hadrien Klent propose une utopie réaliste en imaginant un prix Nobel d’économie, Émilien Long, se lancer dans la course à la présidentielle en portant un projet de rupture radicale. Sa mesure phare : travailler seulement trois heures par jour. Une proposition que l’auteur intègre dans un cadre extrêmement réaliste et documenté. Une manière, aussi, de montrer que, si ce chemin nous paraît lointain, ce n’est pas tant qu’il serait irréalisable, mais plutôt que notre système productiviste empêche à tout prix de l’emprunter.

La question du temps de travail – et, par déclinaison, du temps libre – est quasiment absente de l’espace politique mainstream aujourd’hui. Pourquoi avoir décidé d’axer votre roman sur cette notion ?

Hadrien Klent : L’idée de Paresse pour tous, nous l’avons eue durant l’été 2019 avec Alessandra Caretti, pour un projet de scénario de bande dessinée, une sorte de version contemporaine de L’An 01, cette BD utopique de Gébé des années 1970. Mais, comme on n’y arrivait pas en bande dessinée, Alessandra m’a suggéré d’écrire un roman qui pourrait remettre au goût du jour le fameux Droit à la paresse de Paul Lafargue. Et qui démontrerait que, si nous limitions le travail contraint à trois heures par jour, la société continuerait de tenir dans notre France de l’après-covid-19.

Cette idée de la diminution du temps de travail est souvent revenue au cours du XXe siècle : dans les années 1930, avec des textes de John Maynard Keynes et de Bertrand Russel, et aussi évidemment avec les lois de 1936 ; puis dans les années 1970, avec le mouvement décroissant et anti-industriel ; et à la fin des années 1990, qui aboutiront à la loi sur les 35 heures. Plus récemment, on en parle moins, c’est vrai : comme cette thématique est absente du discours théorique mainstream, comme vous dites, ça devient un très bon sujet pour une fiction politique. Mon candidat se saisit d’un thème peu abordé et en fait un étendard largement mobilisateur.

Partout dans le monde, les valeurs réactionnaires, et notamment celle de la « valeur travail », ont le vent en poupe. Les forces de gauche sont plus souvent cantonnées à la défense des acquis sociaux qu’à imaginer d’autres formes de société. Trouvez-vous que nous manquons d’utopies progressistes ? Et notamment d’utopies réalistes ?

Oui, absolument. Là encore, il faut se référer aux années 1970, où il y avait un bouillonnement utopique très revigorant – qu’on retrouvait parfois dans le monde traditionnel (par exemple, la création en 1981 d’un ministère du Temps libre… supprimé trois ans plus tard). L’idée qu’on avait, avec Alessandra Caretti, et que j’ai essayé d’appliquer dans le roman, était en effet de bâtir une utopie réaliste : on prend une idée radicalement utopique, et on va démontrer qu’elle est en fait possible, et souhaitable ! Le but étant de réussir à embarquer le lecteur dans cette croyance.

Travailler 3 heures par jour sans perdre d’acquis sociaux, est-ce le système vers lequel la gauche devrait aller ?

Ce devrait être, en tout cas, une proposition portée par une des gauches de ce pays. Paul Lafargue, en 1883, s’opposait au « droit au travail » que réclamaient certains de ses amis

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Société
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