Agriculture : tout savoir sur un scrutin décisif

Le monde agricole doit élire ses représentants syndicaux jusqu’au 31 janvier. Des élections professionnelles qui favorisent depuis des décennies l’hégémonie de la FNSEA à la tête des chambres d’agriculture. Décryptage.

Vanina Delmas  • 23 janvier 2025 abonné·es
Agriculture : tout savoir sur un scrutin décisif
Un barrage des agriculteurs sur l'A15, le 30 janvier 2024.
© Maxime Sirvins

Mise à jour le 11 février 2025

Selon les premiers résultats des élections professionnelles agricoles pour le collège 1 (chefs d’exploitation et assimilés), l’alliance FNSEA-JA conserve la majorité des chambres d’agriculture, mais n’a pas remporté 50 % des voix au niveau national. La surprise vient de la Coordination rurale, qui remporte 14 chambres : l’Indre-et-Loire, le Cher, la Dordogne, la Charente, la Charente-Maritime, la Gironde, les Ardennes, la Lozère, le Tarn, le Loir-et-Cher, le Gard, le Gers ainsi que la Vienne, la Haute-Vienne et le Lot-et-Garonne, déjà acquises en 2019. La Confédération paysanne n’a gagné que les chambres de l’Ardèche et de la Guyane, et conserve provisoirement la chambre de Mayotte. En Corse, c’est la liste A l’iniziu una terra, soutenue par la Confédération, qui l’emporte.

Première publication le 23 janvier 2025

Depuis plus d'un an, les mobilisations du monde agricole ont créé un bouillonnement sur tout le territoire. Une révolte multiforme que les principaux syndicats agricoles ont tenté de ne pas lâcher, voire de récupérer, en vue des élections professionnelles, qui ont lieu jusqu'au 31 janvier.

Quels rôles jouent les chambres d’agriculture ?

Une chambre départementale est composée de 33 personnes élues : 18 par le collège des exploitant·es agricoles et les 15 restantes par neuf autres collèges, notamment les salariés agricoles, les coopératives agricoles, les coopératives d'utilisation de matériel agricole (Cuma) les caisses du Crédit agricole, les caisses de la Mutualité sociale agricole (MSA), les retraités, etc.

Les chambres d'agriculture ont des missions concernant l'installation des agriculteurs, la formation sur les aides européennes, le conseil agricole notamment sur le développement durable des territoires ruraux, l’agroécologie, la préservation des ressources naturelles et la lutte contre le changement climatique.

Les chambres restent un instrument d’orientation des politiques agricoles mais ne sont qu'un maillon.

S. Brunier

"Mais quand on regarde l'organisation générale de l'agriculture, c'est avant tout la politique agricole européenne, et l'action des opérateurs économiques qui ont un poids déterminant pour le quotidien des agriculteurs. Là dessus, les chambres d'agriculture n'ont aucun pouvoir », tempère Véronique Lucas, sociologue rurale à l'Institut national de recherche pour l'agriculture, l'alimentation et l'environnement (Inrae).

« Les chambres restent un instrument d’orientation des politiques agricoles mais ne sont qu'un maillon, et probablement pas le plus déterminant. Par exemple, sur certains territoires, où sont implantées des grosses coopératives céréalières ou laitières, les conseillers des coopératives ont plus de poids sur les orientations techniques et économiques que les conseillers chambres », complète Sylvain Brunier, sociologue et historien, chargé de recherche au CNRS et au Centre de sociologie des organisations (CSO), à Sciences Po.

Quel est le mode de scrutin des élections pro ?

C'est un scrutin majoritaire à un tour. Le syndicat arrivé en tête de l’élection - pour le collège des exploitants agricoles - obtient d’emblée la moitié des sièges, même si cela se joue à quelques voix près. L'autre moitié des sièges est répartie selon le nombre de voix de chaque syndicat. Lors des dernières élections, la liste FNSEA˗JA est arrivée en tête du collège des exploitants, avec 51,89 % des suffrages, puis venait la liste Coordination rurale avec 20,17 % des voix, puis la liste Confédération paysanne avec 18,66 % des votes, et enfin la liste Modef avec 1,39 %. 

Résultats : la FNSEA a dirigé 97 chambres d'agriculture sur les 102 alors qu’ils n’ont obtenu que 55 % des voix tous collèges confondus. Cette prime majoritaire est dénoncée par les syndicats minoritaires qui ont du mal à avoir voix au chapitre. La Confédération paysanne réclame une « rénovation de la démocratie agricole » et plus de proportionnelle. Un rapport de l’Assemblée nationale publié en 2020 affirmait que « le mode de scrutin limite le pluralisme ». Même écho du côté de la Cour des Comptes en 2021 : « l’évolution de la gouvernance pourrait enfin favoriser la pluralité syndicale. » Une mécanique électorale qui est un verrou considérable.

Mais ouvrir la réflexion sur une réforme du mode de scrutin est un sujet éminemment politique, potentiellement explosif. « Quand la gauche est arrivée au pouvoir au début des années 1980, les syndicats minoritaires n'étaient même pas reconnus comme des interlocuteurs des pouvoirs publics. Rien que la reconnaissance de la pluralité syndicale a déjà créé des tensions, certains refusant de siéger pendant des mois, raconte Sylvain Burnier. Aujourd'hui, on pourrait poser les mêmes questions concernant la représentativité des

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