À Nantes, l’énergie qui ne fait pas de profits
Le premier fournisseur d’électricité associatif implique ses membres pour leur permettre de reprendre le pouvoir sur leurs factures, tout en misant sur une production locale 100 % renouvelable.
dans l’hebdo N° 1848 Acheter ce numéro

© Mathilde Doiezie
Ils sont une petite dizaine, réunis dans un local près de la gare de Nantes, aux murs fraîchement couverts de chaux afin de mieux les isoler. Il y a Antoine, venu prendre des renseignements pour essayer de convaincre ses colocataires de changer de fournisseur d’énergie. Anna, toute nouvelle souscriptrice, informée par un flyer, intriguée qu’un « modèle associatif puisse permettre de se fournir en énergie ». Ou encore Emma, « en manque de militantisme », qui cherche à s’engager dans un projet qui porte les mêmes valeurs que les siennes, « même si l’énergie, ce n’est pas le sujet qui [l’]’intéresse le plus à la base ».
La force des moulinsSur place, c’est Énergie de Nantes qui accueille. Mis sur pied en 2021 par une dizaine de personnes, le fournisseur d’énergie s’est officiellement lancé auprès du grand public à la rentrée 2024. Sous un statut associatif, une première en France. Avec un engagement pour du 100 % renouvelable et du 100 % local. Pour se fournir en électricité, il compte sur un partenariat noué avec un parc éolien situé à une soixantaine de kilomètres au nord de Nantes. Mais aussi sur ses propres capacités de production – ce qui fait sa fierté –, grâce à l’énergie hydraulique fournie par une turbine installée sur un vieux moulin bordant la Sèvre Nantaise.
Le but (...) est de permettre à tout le monde de se réapproprier la question de l’énergie.
R. ContreauLa rivière, qui coule des Deux-Sèvres jusqu’à la Loire, compte 143 moulins sur ses berges. Du Moyen Âge jusqu’au début du XXe siècle, la force hydraulique a permis de moudre de la farine, de contribuer à la fabrication de papier ou de polir des métaux. Aujourd’hui, ce nombre fait briller les yeux des membres d’Énergie de Nantes, qui y décèlent une aubaine pour relocaliser la production d’électricité. Mais, avant une utopie gigantesque, place au concret. Pour le moment, ce fournisseur alternatif revendique 280 abonnés et s’occupe d’un seul moulin.
Situé à Gorges, non loin de Clisson, connu pour son festival de métal, le moulin d’Angreviers coule des jours heureux et paisibles. Pasco*, Régis Contreau et Steffie Kerzulec nous font découvrir cette imposante et belle bâtisse de pierres et de briques dont l’association est propriétaire d’une partie du rez-de-chaussée, tandis qu’un gîte de groupe occupe aujourd’hui sa majeure partie.
Régis, 43 ans, a travaillé pendant près de vingt ans chez EDF, GDF et GRDF, déplorant au fil
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