Dans les urnes ou dans les têtes, le crescendo de l’extrême droite européenne

Malgré la victoire du candidat europhile en Roumanie, les élections du 18 mai confirment l’enracinement de l’extrême droite dans le paysage politique européen. En Pologne, au Portugal ou en Roumanie, ses succès — électoraux ou idéologiques – interrogent sur les moyens de l’endiguer.

Juliette Heinzlef  • 19 mai 2025 abonné·es
Dans les urnes ou dans les têtes, le crescendo de l’extrême droite européenne
© Christian Lue / Unsplash

L’Europe résistera-t-elle encore et toujours à l’extrême droite ? À première vue, les résultats électoraux de ce dimanche 18 mai semblent aller en ce sens. En Roumanie, le candidat proeuropéen Nicușor Dan a remporté la présidentielle en totalisant 53,6 % des suffrages, face au souverainiste trumpiste George Simion (46,4 %), pourtant en tête du premier tour. Un soulagement général, puisque la position du pays s’avère cruciale face à la menace russe. Reste que ce pied de nez à l’extrême droite – roumaine et européenne - est moins rutilant qu’il n’y paraît.

Si on a longtemps cru le Portugal immunisé contre l’extrême droite, la percée du parti Chega ! (« Ça suffit ! », en français) à l’issue de ces élections législatives a prouvé le contraire : crée en 2019, il a su devenir, en quelques années, la troisième force politique nationale, jusqu’à franchir, pour la première fois, la barre des 20 % ce dimanche. Au-delà des résultats du scrutin, sa véritable victoire réside surtout dans la contamination des sujets comme la sécurité et l’immigration au sein du débat public.

Idem pour la Pologne : certes, le candidat proeuropéen Rafal Trzaskowski est arrivé en tête du scrutin, avec 31,2 % des voix, mais l’écart avec son adversaire pro-Trump, Karol Nawrocki, s’est avéré minime, loin des prévisions qui annonçaient une avance confortable. Le parti d’extrême droite libertarien Konfederacja (14,9 %) et le candidat royaliste antisémite Grzegorz Braun (6,4 %) ont su, quant à eux, recomposer totalement le paysage politique en séduisant une jeunesse en quête de rupture avec le système. Au total, 41 % des jeunes entre 18 et 29 ans ont voté en leur faveur.

L’extrême droite européenne en flèche

Ces résultats reflètent la poussée globale de l’extrême droite en Europe. Après l’instauration d’une démocratie illibérale hongroise sous Orbán depuis 2010, s’est ajoutée la prise de pouvoir de Giorgia Meloni en 2022, puis celle de l’indépendantiste flamand Bart de Wever, le 3 février 2025. En Allemagne, le parti d’extrême droite AfD a recueilli 20 % des voix lors

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