Agnieszka Holland : « Il y a une crise de l’espoir en Europe »
Au lendemain du premier tour des élections présidentielles en Pologne, où l’extrême droite a remporté plus de 20 % des voix, la cinéaste franco-polonaise livre à Politis son analyse.

© Agata Kubis
La réalisatrice de Green Border (2023) cherche à décrypter ce qui a permis à l’extrême droite de s’imposer, en Pologne comme ailleurs en Europe. Elle évoque la faiblesse des partis démocratiques qui reprennent le langage de l’extrême droite, la « crise d’espoir » qui traverse l’Europe et la nécessité de proposer de nouvelles narrations.
Une semaine avant le premier tour des élections présidentielles, des manifestations contre l’immigration ont été organisées en Pologne. Depuis la sortie de votre film Green Border qui racontait la crise humanitaire organisée par le Bélarus et la Pologne à la frontière, comment a évolué le rapport de la société polonaise à l’immigration ?
Agnieszka Holland : L'évolution est négative comme partout dans le monde. Pour les populistes d’extrême droite, l’immigration est un sujet phare pour conquérir et reconquérir le pouvoir. Et en même temps les forces prétendues démocratiques ne font rien pour parler du sujet rationnellement et humainement. Ils reprennent l’agenda d’extrême droite en pensant qu’on peut parler avec les fachos. Depuis un an environ, la coalition au pouvoir, surtout le parti de Donald Tusk, a décidé qu’on pouvait prendre les arguments de l’extrême droite pour la désarmer.
Poutine gagne cette guerre face à l'Europe occidentale sans utiliser les armes.
Mais c’est l’inverse qui se produit : on crédibilise leur agenda, on déroule le tapis rouge aux partis fascistes. Dimanche 18 mai, le parti de Grzegorz Braun, ouvertement antisémite, anti-ukrainien, antieuropéen a obtenu près de 7 % de voix. C’est énorme. L’autre parti d’extrême droite, celui de Sławomir Mentzen, a obtenu presque 15 %. L'extrême droite atteint 21 % en ce moment en Pologne. Il y a un an et demi, quand la coalition démocratique a gagné les élections parlementaires, c'était moitié moins. Le problème des partis libéraux soi-disant démocratiques c’est que pendant ce temps-là, ils n’ont fait que réagir aux sondages d’opinion.
Dans quelle mesure la guerre menée par la Russie en Ukraine se répercute dans le reste de l’Europe ?
Ce qu’on voit maintenant, c’est que Poutine gagne cette guerre face à l'Europe occidentale sans utiliser les armes. Il utilise les armes hybrides ou des armes morales, au niveau de l’État
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