Sarah Durocher : « Il y a une stratégie mondiale concernant l’attaque des droits sexuels et reproductifs »
Le Planning familial a dénoncé, dans un communiqué, les coupes budgétaires dont il fait les frais. Dans un contexte marqué par la progression de l’extrême droite et le recul du droit des femmes, sa présidente appelle au sursaut et se félicite du soutien déjà obtenu.
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© Maxime Sirvins
Sarah Durocher est présidente du Planning familial depuis 2022. Militante féministe, elle défend une vision intersectionnelle de la lutte. Elle a participé à l’inscription de l’IVG dans la Constitution. Elle est également membre de la section « Santé, droits sexuels et reproductifs » du Haut Conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes.
Quelles sont les conséquences de la baisse des financements publics sur le Planning familial (PF) et plus globalement sur le droit des femmes ?
Les annonces de baisses de financement, majoritairement liées à des collectivités territoriales comme les conseils départementaux ou régionaux, mais aussi au niveau des agences régionales de santé ont des conséquences directes sur nos actions. C’est au détriment des personnes que l’on accueille, soit 500 000 personnes par an à peu près. Cela impacterait 150 000 jeunes pour l’éducation à la sexualité. Des permanences vont s’arrêter. On va devoir licencier. Mais ce n’est pas que le Planning qui est attaqué. Ce sont aussi les associations. On le voit au conseil régional des Pays de la Loire, mais on a également l’exemple de la Drôme qui a décidé de baisser de 20 % les financements du Planning. En plus, sept centres de santé sexuelle vont devoir fermer. Ce n’est qu’un début.
Que répondez-vous aux collectivités qui décident de ne plus ou de moins vous soutenir financièrement ?
Au niveau des collectivités, on n’a pas eu de rectificatif. Il y a eu des mobilisations, que ce soit dans la Drôme, que ce soit dans le Loiret, pour interpeller, évidemment, les différents financeurs. Un des arguments donnés est la volonté de réduire les dépenses. Ce qu’on avance, nous, c’est qu’il s’agit d’un choix politique. Ce n’est pas rien de s’attaquer aux centres de santé sexuelle ou au travail du Planning.
On est en train d’attaquer un modèle social et un projet sociétal.
Les collectivités ont de moins en moins d’argent mais il a fallu faire des choix et c’est tombé sur nous. Il y a cette réponse peu courageuse du politique par rapport à cette décision. Il y a des territoires comme les Pays de la Loire où les coupes sont aussi visibles dans le domaine de la culture ou du sport. On est en train d’attaquer un modèle social et un projet sociétal où les associations ont une place importante.
Est-ce que, selon vous, quand cela concerne les femmes, l’accès aux soins est moins vu comme un sujet de santé publique ?
Oui, tout à fait. Depuis très longtemps, sur la question du médical, le Planning est un grand défenseur du service public. Or il y a des fermetures de maternités de proximité sur certains territoires. Des déserts médicaux sont en train de s’installer. Et, souvent, la première chose impactée, c’est la santé des femmes. Parce que ça ne rapporte pas, et qu’on est actuellement dans des logiques de rentabilité au niveau de la santé. Nous observons une dégradation très forte concernant la santé des femmes, que ce soit l’accès à un frottis, à une contraception, ou même un suivi de grossesse dans certains territoires. C’est compliqué.
Et je ne parle même pas de l’avortement. Ce sont des droits qui sont sacrifiés. Pas seulement envers les femmes d’ailleurs : aussi envers les personnes séropositives, les personnes LGBT, les plus pauvres, les exilé·es, la jeunesse… Par exemple, le Planning permet la discrétion et l’écoute en accueillant des jeunes qui ne voudraient pas aller à la pharmacie pour une contraception d’urgence ou des préservatifs. C’est tout cela qui va s’arrêter.
On pourrait penser qu’avec la constitutionnalisation de l’IVG sous la présidence de Macron, le droit à l’avortement et à la contraception se porte au mieux. Or, votre appel à l’aide fait état du contraire.
L’IVG dans la Constitution est l’œuvre du mouvement féministe et des parlementaires Mélanie Vogel et Mathilde Panot, qui ont fait un travail gigantesque. C’est une victoire, même si nous étions lucides sur le fait que son inscription n’allait pas arranger son accès. Les 50 ans de la loi Veil sont aussi l’occasion de faire le bilan. C’est l’opportunité d’avoir plus de visibilité sur les difficultés d’accès à l’avortement.
Quand l’avortement devient un droit fondamental, cela doit s’accompagner de financements.
Le Planning a lancé un baromètre, le 28 septembre dernier, pour les dénoncer. C’est vraiment le parcours de la combattante. Donc, même si la loi s’est améliorée, l’accès est en train de se détériorer. L’inscription de l’avortement dans la Constitution peut quand même être un moyen de pression supplémentaire pour interpeller le président. Quand l’avortement devient un droit fondamental, cela doit s’accompagner de financements. Il faut faire en sorte que ce soit vraiment un droit effectif dans le quotidien des personnes et dans les territoires.
Quel serait le bilan la politique d’Emmanuel Macron autour du droit des femmes, si on devait la résumer ?
Il y a beaucoup d’annonces mais, derrière, peu de moyens associés. Emmanuel Macron a fait de
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