Kananayé, la musique en partage
En concert au festival Les Guinguettes du monde à Corbeil, le groupe franco-burkinabé Kananayé offre une musique hybride, festive et engagée.
dans l’hebdo N° 1868 Acheter ce numéro

© Jean-Pierre Peixotau
Décembre 2024, le New Morning, à Paris, accueille le quintet Kananayé, formation franco-burkinabée qui présente son premier album. Sur scène, Abdoulaye Traoré à la guitare, Boubacar Djiga aux percussions et au kundé (guitare à 3 cordes), Seydou « Kanazoé » Diabaté au balan (sorte de xylophone), Achille Nacoulma à la batterie, et Clotilde Rullaud à la voix et à la flûte – musicienne que nous avons déjà évoquée pour le duo inspiré qu’elle forme avec le pianiste Alexandre Saada : Madeleine et Salomon.
Les titres s’enchaînent dans un savant mélange d’influences, de la musique traditionnelle burkinabée au jazz et au gospel, en passant par le blues. Les musiciens s’échangent des regards enthousiastes, pleins d’attention. Le public danse et crie, les textes se suivent, alliant français, dioula, moré et anglais, et les paroles de Clotilde Rullaud racontent son Burkina, celui qu’elle a observé lors de ses voyages et celui qu’elle a appris aux côtés de ses partenaires de scène. Au milieu du concert, le groupe interprète l’un de ses morceaux les plus attachants, « Belleville », apporté au répertoire par Abdoulaye Traoré.
« Il y a aussi un Belleville à Bobo-Dioulasso, la ville où est né ce groupe, explique Clotilde Rullaud, et, comme à Paris, c’est un quartier en mutation. Ce sont des quartiers transitionnels, entre deux mondes, originellement populaires mais qui deviennent plus résidentiels. Cette transition crée de la friction, du chaos, mais, comme toujours, de la friction naissent aussi de belles choses. » « C’est pas facile, mais ça va aller » : Kananayé en moré, ou comment chercher une richesse dans les situations les plus troubles ?
https://www.youtube.com/watch?v=2KRazuHL5m0En 2019, Clotilde Rullaud est invitée à participer à des rencontres musicales à Bobo-Dioulasso, la capitale culturelle du Burkina Faso. Là, elle fait la connaissance d’Abdoulaye « Debademba » Traoré et d’Achille Nacoulma. La semaine se conclut par un concert mais tous les soirs les musiciens improvisent ensemble.
Spontanéité« On faisait des jams, nous confie la musicienne, ça jouait jusqu’à pas d’heure dans une vraie spontanéité, sans barrières stylistiques, avec beaucoup de groove mais aussi des choses un peu expérimentales. Je sortais alors de plusieurs années entre Paris et New York, immergée dans le jazz, et j’étais à deux doigts d’emménager définitivement à New York quand je suis partie au Burkina. Ce que j’ai adoré et ce qui m’a immédiatement nourrie en côtoyant des musiciens burkinabés, c’est qu’il y avait le même niveau d’excellence de solistes qu’aux États-Unis, la même aisance dans l’improvisation, mais dans le contexte d’une transmission orale. J’ai été séduite par la non-intellectualisation du geste musical et des polyrythmies que j’y ai observées. Dans le jazz, de nos jours, il y a un fort académisme, qui est passionnant, le jazz est une vraie science musicale, mais j’ai été ravie de retrouver un geste plus spontané. »
On a vraiment fonctionné comme un groupe de rock dans un garage. On jouait, on faisait tourner nos idées.
C. RullaudAprès cette première rencontre, l’amitié entre les trois musiciens se renforce et, bientôt, Boubacar Djiga et Seydou Kanazoé Diabaté les rejoignent. « On a fait plusieurs résidences à Bobo, à la maison puis à l’Institut français, où a commencé à s’élaborer notre répertoire. Ensuite, j’ai obtenu la confirmation d’un concert pour le festival
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