« L’accord UE-Mercosur, le traité de libre-échange le plus contesté de l’histoire européenne »

L’économiste Maxime Combes analyse les enjeux de l’accord de libre-échange entre l’Union européenne et les pays du Mercosur. Il appelle à maintenir la mobilisation contre ce texte qui pourrait être ratifié dans les prochaines semaines.

Vanina Delmas  • 27 novembre 2025 abonné·es
« L’accord UE-Mercosur, le traité de libre-échange le plus contesté de l’histoire européenne »
Manifestation contre l'accord Mercosur, par la Confédération paysanne, en octobre 2025 à Paris.
© Vanina Delmas

Le calendrier de l’accord de libre-échange entre l’Union européenne et le Mercosur accélère, renforçant la motivation de ses opposants. Ce texte, qui vise à accroître les échanges commerciaux de l'Union européenne (UE) avec l’Amérique du Sud en supprimant plus de 90 % des taxes douanières, pourrait être signé par la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, lors de son déplacement le 20 décembre au sommet du Mercosur.

Pour Maxime Combes, économiste à l’Aitec (Association de solidarité internationale engagée pour la justice économique, sociale et écologique), rien n’est joué tant la contestation est massive. Il décortique les dessous de ce traité qui ouvrirait le marché européen au bœuf, au soja et à la volaille sud-américains, ainsi que les rapports de force politiques qui pourraient faire basculer la situation.

Les premières discussions sur cet accord de libre-échange ont débuté il y a 25 ans. La situation actuelle est-elle le résultat d’un logiciel ancien ?

Maxime Combes : Le mandat de négociation de l'accord a débuté en 1999. L’Organisation mondiale du commerce (OMC) venait d’être créée et l’idée que la mondialisation serait heureuse et propice au rapprochement des peuples était omniprésente. Comme ce sont des pays du Sud, il est décidé de négocier un accord d’association, qui comprend un volet commercial et un volet sur la coopération politique, l’aide au développement, etc.

Les marchés agricoles européens deviennent une monnaie d’échange.

Aujourd’hui, on ne parle plus que du volet commerce. Après diverses phases de négociations, de pauses, cet accord continue de buter contre des obstacles car il est au cœur d’une des contradictions de la mondialisation :  l’essentiel des marchés industriels et des services ont été libéralisés à très grande échelle via l’OMC, excepté en matière agricole. Des pays comme le Brésil, l’Afrique du sud et l’Inde s’y opposaient et la mobilisation altermondialiste était forte.

Dit autrement : nous sommes dans une situation où les marchés agricoles sont encore relativement dépendants de droits de douanes, de quotas d’importation, de limitations tandis que le reste a été très largement libéralisé. Pour négocier avec les grandes puissances et étendre cette libéralisation des marchés, l’UE doit nécessairement mettre sur la table son propre marché agricole. Les marchés agricoles européens deviennent une monnaie d’échange, et la Commission européenne l’assume parfaitement.

La solution n’est pas de vendre des voitures thermiques contre des carcasses de viande réfrigérée.

Pourquoi les institutions européennes tiennent-elles tant à cet accord de libre-échange encore aujourd'hui ?

L’UE considère que l’essentiel de la croissance économique des vingt prochaines années va se dérouler dans les pays du Sud (en Asie, en Afrique, en Amérique latine). La prospérité européenne, et éventuellement le pouvoir d’achat de la population européenne, seraient donc dépendants de la capacité des entreprises européennes à capter une part de ces

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