Vers une crise financière en 2026 ?

Les profits réalisés grâce à l’intelligence artificielle sont actuellement faibles et incertains, ce qui pourrait conduire à un krach boursier. L’autre raison de craindre une crise financière prochaine est liée aux politiques menées par les autorités publiques.

Dominique Plihon  • 12 janvier 2026
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Vers une crise financière en 2026 ?
© Fer Troulik / Unsplash

L’année 2026 débute dans un climat de grande incertitude politique et économique, en France comme dans le monde. Le risque de crise financière fait partie des interrogations actuelles. L’expérience historique montre en effet que les grandes crises financières du passé ont souvent été liées à la conjonction de deux séries de facteurs présents aujourd’hui, à savoir le déploiement de vagues technologiques de grande ampleur et un contexte d’insuffisante réglementation financière.

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Nous assistons à une révolution technologique liée au numérique et à l’intelligence artificielle (IA). Comme lors des précédentes vagues technologiques, notamment celle d’Internet à la fin des années 1990, l’anticipation de profits futurs se traduit par une bulle boursière : l’indice CAC 40 français a atteint un niveau historique fin 2025 ; aux États-Unis, l’indice S&P 500 relatif aux 500 actions américaines parmi les plus importantes représente 1,8 fois le PIB, du jamais vu ! Or les profits réalisés grâce à l’IA sont actuellement faibles et incertains, ce qui pourrait conduire à un krach boursier si les anticipations se retournent, à l’image de l’e-krach de mars 2000.

Endettement massif

L’IA donne lieu à des investissements mirobolants : selon Morgan Stanley, les dépenses mondiales dans l’IA atteindront 3 000 milliards de dollars (2 560 milliards d’euros) d’ici à 2029. En 2025, les Gafam ont investi dans l’IA l’équivalent de l’investissement des groupes industriels du CAC 40. Ces investissements sont financés par un endettement massif auprès des banques et des marchés. Le doute a commencé à s’installer dans les esprits s’agissant de la capacité des acteurs du numérique à assurer le remboursement de prêts obtenus parfois sur vingt ou vingt-cinq ans – alors que le devenir de l’intelligence artificielle et ses capacités à générer des profits sont inconnus.

La prochaine crise financière sera celle de la dette privée, comme le fut la crise des subprimes de 2007, et non une crise de la dette publique.

On peut ainsi penser que la prochaine crise financière sera celle de la dette privée, comme le fut la crise des subprimes de 2007, et non une crise de la dette publique, ainsi que beaucoup aiment à le pronostiquer, car le risque d’insolvabilité de la plupart des États est pratiquement nul.

La deuxième raison de craindre une crise financière prochaine est liée aux politiques menées par les autorités publiques. Faisant preuve d’amnésie, et oubliant que la gravité de la crise des subprimes provenait en grande partie du déficit de régulation financière, celles-ci procèdent actuellement à une remise en cause des règles édictées après 2007. L’administration Trump a décidé de s’attaquer à la loi Dodd-Frank, instaurée en 2010 pour encadrer les banques après la faillite de Lehman Brothers.

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De son côté, après avoir détricoté les directives du Pacte vert européen, la Commission européenne a lancé en 2025 un nouveau chantier, celui de la déréglementation financière, en vue de créer un marché unique européen des capitaux. Les engagements que les gouvernements, régulateurs et banquiers centraux avaient pris pour reprendre le contrôle du système financier mondial sont en passe d’être effacés. Les digues ayant sauté, le prochain choc qui ébranlera le système financier pourrait dégénérer en crise financière internationale.

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