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Publié le 17 juillet 2009

Pour le Medef, le partage des profits passe par la retraite par capitalisation

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Les propositions du Medef sur le partage de la valeur ajoutée sont parvenues sans bruit à l’Elysée, mercredi 15 juillet. l’organisation patronale veut faire de l’épargne salariale le socle de la retraite par capitalisation.


En pleine polémique sur les bonus des banquiers en février, le chef de l'Etat avait invité les partenaires sociaux à discuter sur la question du partage des profits entre les entreprises et leurs salariés, et à lui écrire avant le 15 juillet. « Soit ils arrivent à quelque chose, soit l'Etat prendra ses responsabilités » en légiférant, avait déclaré Nicolas Sarkozy.

C’est désormais chose faite, puisque les syndicats et le Medef ont remis leurs propositions, mercredi 15 juillet au chef de l’Etat. Or, les analyses versées au débat ont largement faussé celui-ci ces dernières semaines pour l’orienter vers un capitalisme financier qui a révélé ses impasses. La remise du rapport de Jean-Philippe Cotis, directeur général de l’Insee au président de la République (document à télécharger) et la remise de celui du Conseil d’analyse économique (CAE) au Premier ministre ont évacué la question cruciale de l’accroissement des inégalités en retenant d’emblée l’idée d’une part plutôt stable des salaires dans la valeur ajoutée. Ce qui a fait dire au Medef que le rapport Cotis « montre qu’il n’y a pas déformation de la part salariale et la rémunération des dirigeants est un autre sujet » .

Or, mettre l'accent sur la relativité stabilité de la part salariale depuis 20 ans revient donc à évacuer la véritable question , celle de la baisse de 9 points de la part salariale entre 1982 et 1989, notent les syndicats.

Mais il fallait bien tricher un peu pour trouver d'autres causes. Dans le rapport Cotis, elles ne portent essentiellement que sur la baisse des gains de productivité de l’économie française, qui aurait perdu son efficacité productive et son dynamisme. Ce qui suppose, selon Jean-Philippe Cotis de susciter un environnement économique porteur, notamment en ouvrant les marchés des biens et services à la concurrence…

Certes, les termes du débat ont été contestés y compris dans l’analyse de l’évolution des salaires par rapport aux profits. Dans sa lettre à Nicolas Sarkozy, FO indique que « si on prend comme étalon l'année 1982 » , « la déformation du partage de la valeur ajoutée en faveur des profits est réelle et significative » , « d'autant que ces milliards transférés à la rémunération du capital n'ont pas été convertis en investissements productifs mais sont venus gonfler les portefeuilles financiers » .

Loin de la vision libérale dominante, la CGT a pour sa part proposé notamment de « rétablir la progressivité de l'impôt sur le revenu » , avec « de nouvelles tranches pour les hauts et très hauts revenus » . Elle suggère aussi de lier la distribution des dividendes et la rémunération des dirigeants « dans des proportions raisonnables » à l'évolution de celle du personnel et à des critères comme l'investissement productif. Les syndicats font également de la hausse des salaires, un pilier de la lutte contre les inégalités.

Ces propositions ne font pas partie de celles qui ont le vent en poupe : le partage des profits et les écarts de rémunération n'est vu que sous l'angle de… l’épargne retraite et salariale, comme le souhaite le Medef. Depuis plusieurs années, l'organisation patronale ne voit le partage de la « valeur ajoutée » qu’en ces termes. Dans sa lettre à Nicolas Sarkozy, Laurence Parisot a ainsi formulé 10 propositions (qui ont circulé depuis plusieurs mois dans les Medef régionaux) et dit « sa conviction » que « les salariés doivent pouvoir contribuer à la préparation de leur retraite à l'aide de ces dispositifs basés sur les performances de l'entreprise » et demande que ces sommes échappent au forfait social patronal.

Laurence Parisot propose notamment dans cette lettre de fusionner participation et intéressement. « Dans les faits » , expliquent Les Echos du 16 juillet, « cela revient à supprimer la participation et à généraliser l'intéressement » , et de faire de l’essor de l'épargne salariale le socle du développement de la retraite par capitalisation.

Voilà donc un élément de réponse à la prochaine réforme des retraites qui est désormais sur les rails. Ministre du Travail, Xavier Darcos, ne cesse de répéter que cette piste n’est pas à négliger. La boucle est bouclée, comme on dit…


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