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Publié le 29 mars 2013
« Pardon d'avoir été aussi long... »

« Pardon d'avoir été aussi long... »

François Hollande l'a dit, il n'est «plus un président socialiste» . Nous avons donc vu, hier à la télé, «le président de la France» nous détailler le contenu de sa «boîte à outils» . Avec trois mauvaises nouvelles à la clef.

Illustration - « Pardon d'avoir été aussi long... » Sûr de son cap, dont il a dit qu'il n'entend pas dévier« deux ans pour redresser, trois ans pour se dépasser » (?) –, François Hollande a égrené le contenu de sa « boîte à outils » de petit gestionnaire pour « inverser la courbe du chômage à la fin de l'année »  : emplois d'avenir, contrats de génération, pacte de compétitivité, réforme du marché du travail... Et puisque « tout est là » , il n'y a plus qu'à attendre que les mesures qui ont été prises depuis 10 mois produisent leurs effets. Il en faudrait plus pour rassurer l'opinion quand la courbe du chômage tutoie le précédent record de 1997.

Deux aveux de taille dans ce fatras

  • Le chef de l'Etat reconnaît avoir devancé les désirs des marchés financiers, confirmant que « Mon ennemi c'est la finance » c'était avant... D'ailleurs dans son intervention, France 2 aura entendu 155 fois le mot « entreprises ». « Ouvriers », en revanche... On cherche.
  • François Hollande a bel et bien changé de costume : « Je ne suis maintenant plus un président socialiste, je suis le président de tous les Français, je suis le président de la France. »

Trois mauvaises nouvelles

Peu d'annonces donc ce soir. Cinq tout au plus:
- D'abord celle d' « un choc de simplification » , LA trouvaille du jour concoctée dans on ne sait quelle officine de communication, justifiée par le « martyr » des entreprises –  « Aujourd’hui, une entreprise - petite - est obligée d’envoyer 3.000  informations par an à l’administration. Demain il faut réduire deux fois, trois fois ce chiffre » . Chacun a toutefois pu entendre le Président nous annoncer qu'au nom de ce « choc de simplification » l'Etat fera « beaucoup moins de contrôles » ... Les délinquants patronaux ou financiers sont rassurés ; les citoyens et les consommateurs récemment choqués d'apprendre qu'il y avait du cheval dans leurs lasagnes au bœuf le sont moins.
- La baisse des dépenses publiques va se poursuivre, notamment parce que le « choc de simplification » va s'appliquer aussi aux collectivités territoriales (acte 3 de la décentralisation, métropolisation), mais pas seulement. Attendons-nous donc à en ressentir le choc dans la qualité des services publics ou la protection sociale.
- La durée de cotisation pour bénéficier d'une retraite pleine sera allongée, avec tous les effets pervers que l'on connaît sur le niveau réel des pensions : « Comme on vit plus longtemps (...) il va falloir avoir des durées de cotisation plus longues. » Nicolas Sarkozy ne disait pas autre chose. L'âge de la retraite sera repoussé.
- Le prélèvement de 75 % sur les revenus supérieurs à 1 millions €, censuré en décembre par le Conseil constitutionnel, n'est pas abandonné, mais il sera payé par les entreprises « L’assemblée générale des actionnaires sera consultée sur les rémunérations et, lorsqu’elles dépassent un million d’euros, l’entreprise aura une contribution à payer qui, toutes impositions confondues, atteindra 75 % » . « C’est l’entreprise qui sera responsabilisée. »
- Il n'y aura pas de « fiscalisation des allocations familiales ». En revanche, celles des ménages les plus aisés devraient être rabotées. Cela n'a rien de scandaleux mais contredit l'affirmation selon laquelle leur caractère « universel » sera préservé.

Illustration - « Pardon d'avoir été aussi long... » On retiendra encore une confirmation et deux incertitudes.
- Sur l'accord sur la flexibilité et la sécurisation de l'emploi, signé par trois syndicats minoritaires et le patronat,  «il peut y avoir»  au Parlement  «des corrections qui améliorent mais toute correction devra être approuvée par les signataires» , a indiqué François Hollande, confirmant que tout amendement devra obtenir l'autorisation du Medef, ainsi promu législateur.
- Sur la procréation médicalement assistée (PMA) pour les couples homosexuels, le chef de l'Etat a rappelé que cela n'était « pas dans le texte » sur le mariage pour tous et que le sujet avait été renvoyé au Conseil national d'éthique pour un avis attendu « à la fin de l'année » qu'il « respecterait » , dessaisissant de fait le Parlement de la maîtrise du dossier1.

Un rêve centriste

Au final, le président de la République, sans vision ni véritable projet, aura surtout parlé de lui, multipliant l'usage du « je » jusqu'à en oublier ses ministres et le premier d'entre eux. Cherchant à se poser au-dessus de la mêlée, jusqu'à ignorer la gauche, les écologistes, et le jeu politique, il s'est présenté en «réconciliateur» d'une « république apaisée » . Un rêve centriste, très social-libéral : «  J’ai besoin de tous les Français ! Et les chefs d’entreprise, leur réussite est la nôtre. »

Dans tous les commentaires entendus hier soir, Marie-George Buffet a bien traduit le sentiment éprouvé à l'écoute de cet entretien d'une heure quinze : « J'attendais des réponses d’un Président de gauche aux angoisses du peuple de France. J’ai eu droit à un oral d’un énarque. » À la sonnerie finale, le bon élève François Hollande s'est excusé « d'avoir été aussi long » .



  1. Contrairement à une précédente annonce de la porte-parole du gouvernement, Najat Vallaud-Belkacem, qui assurait que l'avis de ce Conseil national d'éthique «n’engage en rien le gouvernement»


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