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Publié le 20 mars 2013

TGV Lyon-Turin : Vers une nouvelle enquête sur le grand projet inutile ?

Un sénateur du Mouvement 5 étoiles, opposant au projet de liaison ferroviaire à grande vitesse Lyon-Turin, demande une commission d'enquête parlementaire sur ce projet pharaonique contesté des deux côtés des Alpes. Et le puissant mouvement des No-Tav organise le 23 mars une grande mobilisation dans la Vallée de Suse pour exiger l'arrêt des travaux.

La liaison ferroviaire à grande vitesse Lyon-Turin, un projet pharaonique estimé dans son ensemble à plus de 26 milliards d’euros, selon les données communiquées par la direction générale du Trésor, ainsi que par la Cour des comptes , devrait faire l'objet d'une commission d'enquête parlementaire de l'autre côté des Alpes, affirme Marco Scibona , nouveau sénateur du Mouvement 5 étoiles (M5S) dans le Piémont.

L'élu est à l'initiative de cette demande d'enquête qui permettra d'en savoir plus sur l'entreprise franco-italienne Lyon Turin ferroviaire (LTF), dont deux dirigeants ont été condamnés en 2011 par le tribunal de Turin, des informations que nous avons publié en décembre 2012 (à lire ici). D'après Marco Scibona, la commission d'enquête parlementaire devra rouvrir le dossier de cette ligne à grande vitesse, et s'interroger sur son coût ainsi que sur son efficacité (lire ici l'article du quotidien Il Sole 24 Ore).

En décembre 2012, nous avons révélé un certain nombre de faits pouvant conduire, côté français, à une enquête sur la gestion du grand projet par le maître d'ouvrage franco-italien Lyon Turin Ferroviaire (LTF), dont le siège est à Chambéry. Les rapports financiers de la société LTF contiennent une galerie de reconnaissance « fantôme » et des sous-traitants ont été mis en faillite frauduleuse pour leurs liens avec avec une organisation mafieuse. Nous avons rappelé que la Cour des comptes avait signalé dans ses observations adressées au Premier ministre, Jean-Marc Ayrault, le « manque de rigueur nécessaire dans la conduite d'un projet d'infrastructure de cette ampleur » (lire ici le référé adressé à Jean-Marc Ayrault). Depuis la publication de nos informations, en décembre 2012, la direction de LTF n'a pas réagi, ni répondu à nos questions.

Après la publication des faits sur la gestion du Lyon-Turin , les opposants français au Lyon-Turin ont transmis un épais dossier à la Cour des comptes. Les associations anticorruption Anticor et Flare ont signalé, dans un communiqué de presse daté du 13 février, qu'elles ont « attiré l'attention de la Cour des comptes et des ministres sur la condamnation en première instance par le tribunal de Turin, du directeur général, Paolo Comastri, et du directeur des travaux, Walter Benedetto, de Lyon Turin ferroviaire » (voir ici). Elles indiquent « qu'un autre chantier de ligne à grande vitesse à Florence vient d'être arrêté notamment en raison de malversations et relations avec la mafia » .

Une grande mobilisation le 23 mars

Dans la région de Turin, les récentes élections générales ont propulsé au premier plan les opposants au Lyon-Turin du mouvement italien No-Tav (Treno a Alta Velocità), présents dans le M5S, de Beppe Grillo, et dans Gauche écologie et liberté. Les opposants comptent de nouveau mobiliser le 23 mars dans la vallée de Suse pour exiger l'arrêt des travaux . Les parlementaires, en particulier du M5S, seront nombreux à participer à cette manifestation qui partira de Suse, dans une région où le mouvement de Beppe Grillo a obtenu des scores électoraux importants, en particulier à Exilles, Suse, Bussoleno, Giaglione et Chiomonte, commune où LTF a ouvert un chantier pour creuser une galerie de reconnaissance, dite de la Maddalena, après l'arrêt des travaux de la galerie de reconnaissance de Venaus, suite au mouvement des No-Tav en 2005.

L'opposition franco-italienne au Lyon-Turin y voit une «  reconnaissance électorale dans un pays où l'élite a tenté de caricaturer un large mouvement d'opposition (…) riche d'enseignements [qui] permet aujourd'hui d'envisager un contrôle et une surveillance accrue des manœuvres des promoteurs du projet par des citoyens vigilants » . Le M5S n'a toutefois pas remporté un nombre de communes suffisant pour avoir la majorité dans la vallée de Suse et ainsi faire barrage au projet. Les élections italiennes ont cependant radicalement changé le paysage politique, ce qui pèsera dans les prochaines semaines sur l'avenir du grand projet qualifié d'inutile par les opposants au Lyon-Turin.

Le mouvement No-Tav rappelle notamment que le Parlement italien n'a pas encore ratifié l'accord franco-italien sur le Lyon-Turin. Les opposants estiment aussi que les travaux engagés par LTF sont réalisés « en violation notamment des accords intergouvernementaux devenus caducs par les modifications substantielles intervenues (explosion du budget de 12 à plus de 26 milliards, diminutions des transports dans les Alpes encore en janvier et février 2013, etc.) » . Ils ajoutent que la ligne ferroviaire existante permettrait « de transporter plus de 80 % des marchandises transportées sur la route et les rares trains de voyageurs existants entre la France et l'Italie » .


Photo : AFP / JEFF PACHOUD

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