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Publié le 7 août 2013

Fukushima: "état d'urgence" après 29 mois de mensonges et de contaminations

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Depuis le 11 mars 2011, depuis que les réacteurs 1, 2 et 3 de la centrale japonaise de Fukushima ont explosé, depuis que la piscine du réacteur N°4 a été longuement privée de refroidissement, le gouvernement japonais, la société Tepco qui gère cette centrale et quelques autres ayant souffert de leurs arrêts brutaux, l’Agence Internationale pour l’Energie Atomique (AIEA), Areva et quelques autres, assurent régulièrement aux Japonais et au monde entier que l’accident fut," certes", grave, mais que les ingénieurs en maitrisent toutes les suites. Mois après mois, révélations après fuites, les habitants du Japon et le reste des citoyens du monde, découvrent que rien n’est maitrisé et que les spécialistes ne font que bricoler une situation difficile sans se soucier des hommes et de l’environnement. Apportant successivement les preuves que, comme à Tchernobyl en Ukraine, comme à Three Mile Island aux Etats Unis, comme à Tcheliabinsk dans l’Oural russe, les accidents nucléaires impactent durablement l’environnement et les humains, ceux qui vivent, vivaient ou travaillent dans les zones soit irradiées, soit contaminés.

La « situation d’urgence » proclamée mercredi matin 7 août par l’Autorité de Régulation Nucléaire japonaise admettant que de l’eau hautement radioactive se déverse dans l’océan Pacifique n’est que la confirmation de ce que dénoncent depuis des mois quelques scientifiques indépendants, les pêcheurs et les associations de protection de l’environnement. Mais les aléas nucléaires ont ceci de particulier depuis des décennies que les situations graves sont longuement dissimulées par les responsables politiques et industriels jusqu’au jour où elles deviennent évidentes et ingérables. Comme l’impossibilité constatée de décontaminer les terres touchées en enlevant la couche superficielle des sols, projet « de communication » agité par des nucléocrates à peu prés aussi inconscients que ceux qui nient en France le danger nucléaire…

Ainsi les Japonais viennent de reconnaitre que de l’eau hautement contaminée s’écoule toujours vers la mer : parce que les cuves de rétention sont pleines depuis longtemps et aussi parce que les dites cuves sont de toute façon fissurées depuis plus d’un an. Un aveu qui a été fait après les élections sénatoriales remportées pas la droite au pouvoir, alors que les fuites sont constantes, explique un correspondant japonais de Politis , depuis le mois de juin 2011. Un écoulement qui aurait chargé les espaces littoraux japonais d’au moins quarante milliards de becquerels (strontium, césium et tritium…), rendant le poisson, les coquillages ou crustacés pêchés impropres, et même dangereux, à la consommation. La Tepco et le gouvernement ont pourtant constamment affirmé jusqu’à cet « Etat d’urgence » que les eaux du Pacifique ne présentaient aucune trace anormale de radioactivité ! Un mensonge de plus dans cette déjà longue histoire de l’après Fukushima qui risque de se prolonger, comme en Ukraine, sur plusieurs décennies.

Les mensonges sont nombreux. On va « découvrir » maintenant que les nappes phréatiques de toute la région (toutes interconnectées) sont également touchées. Tout comme le gouvernement et l’industriel devront avouer prochainement que les trois réacteurs et la piscine en équilibre instable relâchent toujours dans l’atmosphère une radioactivité qui entraine l’extension progressive, mais encore secrète, de la zone contaminée aux confins duquel des habitants et plus particulièrement des enfants vivent dans des conditions qui mettent en danger leur santé. Comme cela s’est passé à Tchernobyl. Situation qui, par exemple, permet toujours la vente de produits agricoles largement pollués mais que nulle autorité ne contrôle, notamment dans la conurbation de Tokyo. Sans oublier, bien sur, toujours comme à Tchernobyl, de graves menaces pour les milliers d’ouvriers et de techniciens qui se relaient sur le site de Fukushima. Des travailleurs d’autant plus sacrifiés que l’essentiel de l’environnement des réacteurs accidentés et les réacteurs eux-mêmes, est encore tellement radioactif qu’il interdit toute intervention humaine, même avec des équipements protecteurs. Et que les robots y tombent en panne dés qu’ils s’approchent des magmas de combustibles fondus.

L’aveu qui vient d’être fait, comme ceux qui suivront, rappelle qu’il est pratiquement impossible de lutter contre les effets d’une catastrophe nucléaire. Une leçon qui devrait inciter les responsables français de la prolongation de vie de la plupart des réacteurs français à prendre des mesures plus efficaces que la fermeture fin 2016 de la seule centrale de Fessenheim...


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