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Publié le 31 août 2016
La der de Marc Riboud

La der de Marc Riboud

L’un des derniers grands photographes du XXe siècle s’est éteint ce mercredi 31 août, tandis que le festival Visa pour l’image exhume ses images de Castro et Cuba en 1963.

Ultime ironie photographique : âgé de 93 ans, Marc Riboud est mort ce matin, tandis que depuis samedi, le festival de Visa pour l’image, à Perpignan, lui fait la part belle, à travers une exposition d’images datées de 1963.

Riboud, c’est pas du Doisneau, c’est pas du Willy Ronis. Mais certaines de ses images sont connues depuis une dizaine de lustres (soit cinquante ans). L’ouvrier en équilibre sur la tour Eiffel (1953), c’est lui ; la militante à la fleur, s’érigeant contre la guerre du Vietnam devant des soldats, aux portes du Pentagone (1967), c’est lui aussi.

Actif au lendemain de la guerre, ingénieur de formation, Marc Riboud a fait partie de l’équipe de Magnum sous la houlette de Cartier-Bresson. Parcourant l’Inde, la Chine, le Japon, couvrant l’indépendance de l’Algérie, d’autres pays de l’Afrique, suivant les grands de ce monde.

C’est ce qui l’a conduit en 1963 à Cuba. Il y rejoint alors Jean Daniel, grand reporter à L’Express. Dans l’attente d’un rendez-vous avec Fidel Castro, tous deux se baladent dans l’île, lui additionne les images. Castro les retrouve un soir à l’hôtel. Ça devise sur la crise des missiles qui, un an auparavant, avait failli entraîner le monde dans la guerre. Quelques jours plus tôt, Jean Daniel avait été reçu par Kennedy, lequel avait livré quelques messages pour Castro. Conversation à bâtons rompus. Le lendemain, Marc Riboud rentre en France ; Jean Daniel poursuit ses conversations passionnées avec Castro. Tombe la nouvelle : l’assassinat de Kennedy à Dallas. Son entretien paraîtra illustré des images de Marc Riboud : « Avec Castro à l’heure du crime. »

Ce sont précisément ces images qui sont exposées à Cuba. La rencontre de Fidel Castro. Pas seulement Castro. Mais encore un quotidien cubain. Des ouvriers dans une usine, un achalandage abondant derrière une vitrine, des mécaniciens dans un garage, d’autres ouvriers sur un chantier, des soldats en herbe, un couple d’amoureux sur un banc public tout droit sorti de la photographie humaniste, une sténo dactylo concentrée sur sa machine à écrire, des cigarillos en pagailles et des formes féminines généreuses, mutines, coquines.

© Politis

Soit une population heureuse, dans un pays apparemment béni. On y perçoit l’empathie du photographe pour cette île, ses gens, et la prestance de son dirigeant. Devant une pile de carrelages cassés, il n’y a guère qu’une jeune femme peut-être pour s’interroger sur l’avenir de Cuba, ou un ouvrier accoudé à un comptoir, le regard vide. Cette exposition pourrait se lire comme le condensé d’un travail. Avec toute la palette du photographe, en noir et blanc, virant de l’intime à l’universel. Dans l’image simple, l’instantanéité extraordinaire.

Quelques années plus tard, de 1974 à 1976, Marc Riboud était promu président de Magnum. En 1979, il quittait l’agence, lassé par la « compétition pour la gloire », instaurée dans le milieu. Sans se lasser du monde, et encore couvrant la première élection d’Obama ou l’actualité de la Chine.

© Politis


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