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Publié le 8 mai 2020

La chronique jardin déconfinée ramène sa fraise

Un fruit facile à cultiver mais trop de fruits frelatés et culitvées hors sol

Il y aura bientôt une cinquantaine d’année que j’ai commencé à bêcher mon jardin des environs de Gien, dans la Loiret, je ne savais pas grand-chose de la terre, ayant oublié ce que j’avais vu et essayé dans la ferme morvandelle de mes grands parents. J’ai vite compris que je me créais une addiction qui dure encore et m’a servi d’antidote à chaque retour de couverture journalistique d’un conflit armé lointain, de la guerre du Bangladesh aux Balkans en passant par la Tchétchénie ou le Rwanda. Le jardin potager et fruitier, c’est une ascèse, un remède, un plaisir et une façon de se nourrir. Deux fois par semaine je raconterais ce que je fais, ce que cela m’inspire et à quoi cela sert.© Politis

Un aperçu de mes fraises en fleurs ce matin 8 mai...

Les fraisiers, contrairement à ce que laissent croire les étals garnis de fruits venus d’ailleurs ou des serres plus ou moins chauffées, sont en fleurs dans mon jardin. Une promesse de fraises pour le début du mois de juin. Les pieds de fraisiers se plantent plutôt en automne pour que leurs racines s’implantent avant le printemps. Ils peuvent provenir de pieds vendus par les maraichers mais aussi des stolons produits par des plants déjà en place. Un stolon est une tige émise par le fraisier au cours de l’été et qui s’enracine dés qu’il parvient au contact de la terre ; dés que les nouvelles apparaissent, il faut séparer le stolon en le coupant et le repiquer dans un godet garni de terre. En fin d’hiver il suffit de les repiquer en pleine terre pour obtenir un nouveau fraisier qui fructifiera l’été suivant. En règle générale un fraisier produit pendant six ou sept ans. Ensuite il faut le remplacer par un nouveau pied ou un stolon. Si on n’utilise pas les stolons, il faut les couper et les jeter car ils épuisent le pied-mère.

Comme terre, les fraisiers préfèrent un sol léger ou sablonneux ; il faut les planter en zone mi-ombre mi-soleil ils craignent la sécheresse et doit être arrosés régulièrement. Mes variétés préférées sont la charlotte, l’ostara et la mara des bois qui sont toutes dites « remontantes ». C'est-à-dire qui donnent des fruits à la fin du printemps puis à l’automne. Il y a aussi la gariguette mais elle n’est pas remontante, ne portant des fraises qu’une fois par an. inventée en 1976, elle n'est pas souvent bonne. Il y a aussi enfin les « reines de vallées », issues de la fraise sauvage, qui offrent tout l’été des fruits à la fois gouteux et minuscules quand on prend soin de les arroser fréquemment elles craignent aussi le manque d’eau.

Un capitaine de la marine nommé Frézier

Cette dernière variété, sous sa forme actuelle, se dissimule dans les sous bois ombragés. La seule qui a toujours poussé sur le territoire français. Mais elle est également étroitement mêlée à l’histoire de la fraise moderne dont sont répertoriés 600 variétés, beaucoup restant ignorées des consommateurs. Leur arrivée en France, puis en Europe est, liée au long voyage sur un trois mats que fit en 1712 un capitaine, architecte de la Marine française. Amédée-François Frézier avait été envoyé, sur un navire français pour reconnaitre et cartographier les contours (avec leurs ports) de la côte chilienne. Ce qui signifie que cet officier de la Marine était également un agent secret de la royauté.

Cet homme, dont le nom est une simple coïncidence ave le nom du végétal qui lui a valu sa notoriété, découvrit sur une ile côtière du Chili, de grosses fraises, souvent presque blanches mais parfois rouges. Et plutôt bonnes. Le retour vers la France approchant, et les vivres s’épuisant, il décida d’en remporter une quinzaine de pieds. Pas facile ce voyage, en partie effectuée en zone tropicale, là ou les voiles ne se gonflent pas en permanence. Le navire étant encalminé dans ce que les marins nomment le « Pot au noir », il dut arroser fréquemment les précieux plants. Ce qui amena l’équipage à protester contre ce gaspillage d’une denrée vitale à bord des longs courriers. Ce conflit récurent, souvent source de tensions d’affrontement, entrainait parfois des affrontements, ou des mutineries contre les officiers du bord, lesquels ne partagent pas obligatoirement la passion du ou des naturalistes embarqués sur tous les grands voyages au long cours.

Heureusement pour Frézier, ses plants arrivèrent sains et saufs au port de Marseille. Il fit cadeau de quelques plants aux naturalistes locaux et emporta le reste au Jardin botanique de Brest, la ville prés de laquelle il venait d’être nommé. Les fraises du nouveau monde furent hybridées sur place et à Plougastel où s’installa l’officier architecte, la petite ville abritant des chantiers navals. Ainsi naquirent les grosses fraises rouges que nous connaissons. Elles conquirent peu à peu le reste du territoire. Et des habitants, en reconnaissance envers un fruit qui fit un temps la fortune de la commune et de ses citoyens et de ses agriculteurs ont créé en 1980 un musée de la fraise et du patrimoine.

Pour ceux qui n’ont pas la place de les cultiver, restent les fraises que l’on trouve dans le commerce. Là, c’est une loterie qui n’est pas vraiment liée à la variété mais surtout aux conditions de culture, aux pesticides, engrais utilisés, au recours à des serres, chauffées ou non. Et aussi à leur culture hors sol dans 80 % des cas! La fraise qu’il faut absolument fuir est celle qui se cultive à contre-saison dans le sud de l’Espagne. Un fruit inventé en Californie et dont la grosseur et le gout évoque la tomate. Pour la reconnaitre, elle et ses imitations françaises, en général, autour du pédoncule subsiste une petite zone verte. Et il ne faut jamais se fier au parfum car trop de variétés ont été inventées en fonction de ce seul critère pour attirer les chalands…

(à suivre : carottes, navets et raves anciennes)


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