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Du 16 au 18 novembre, le sommet de la FAO tentera de lancer un partenariat mondial contre la faim.

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Politis : 850 millions de personnes sous-alimentées en 2006, un milliard en 2009, malgré les engagements solennels répétés. Cette explosion a-t-elle été suffisamment analysée ?

Ambroise Mazal* I La reconnaissance des causes est désormais officiellement mieux partagée. En premier lieu, les agricultures du Sud ont souffert d’un désinvestissement généralisé. En 1980, 17 % de l’aide publique au développement mondial leur était consacrée, seulement 3 % en 2006 ! Ensuite, ces soutiens ont largement ignoré l’agriculture familiale. L’Afrique, où un tiers de la population a faim, est rurale à 80 % : il faut permettre aux petits paysans de posséder de la terre, des outils, des semences, etc., pour améliorer leurs revenus, afin qu’ils puissent acheter de la nourriture s’ils ne la produisent pas. Enfin, les États ont largement démissionné, livrant les paysans sans garde-fous aux politiques de libre-échange et d’ajustements structurels.

Qu’attendre du sommet de la FAO ?

Son objectif est de faire aboutir les réflexions et négociations entamées depuis le sommet de juin 2008, à la suite de l’explosion de la crise alimentaire démarrée fin 2007. Principalement, la création du Partenariat mondial pour l’agriculture et la sécurité alimentaire (GPAFS), proposée par la France. Cette instance novatrice deviendrait l’organe de gouvernance mondial en matière d’alimentation, pilotée par les États, des institutions internationales, des représentants de producteurs et d’ONG. Elle s’adjoindrait un collège de scientifiques chargé d’établir des avis de référence, à la manière du Giec pour le dérèglement climatique. Par exemple sur le rôle dans la crise alimentaire de la spéculation financière, des ponctions massives de céréales et des terres agricoles pour les agrocarburants, ou de l’accaparement de millions d’hectares par des investisseurs étrangers.
Ce partenariat gérerait aussi un fonds de relance de l’agriculture regroupant plusieurs lignes budgétaires.

Des ambitions fortes, mais quelle chance de réussite ?

C’est l’incertitude… La tendance est à l’élimination progressive de toute contrainte envers les États. Nous devons, nous les ONG, nous battre pour que ce Partenariat soit « haut de gamme », capable de réorienter réellement les politiques publiques. Il est important aussi de disposer d’un organe de suivi des engagements. Ainsi, en juin 2008, les États avaient annoncé 22 milliards de dollars contre la faim : à peine 10 % ont été déboursés. Et puis est-il acceptable d’envisager de confier la gestion de ce fonds de relance de l’agriculture à la Banque mondiale, qui a fait pression sur les États pendant des années pour qu’ils se désengagent de l’agriculture ?


  • Chargé de mission souveraineté alimentaire au Comité catholique contre la faim et pour le développement (CCFD).
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