Les cadeaux de Macron à l’agro-industrie

La loi Duplomb offre de nombreux cadeaux aux défenseurs de l’agriculture productiviste. Cette générosité a émaillé les deux quinquennats d’Emmanuel Macron notamment en matière de pesticides, de fermes-usines et de mégabassines.

Vanina Delmas  • 30 juin 2025
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Les cadeaux de Macron à l’agro-industrie
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« Le problème du glyphosate, c’est le problème de tout le monde et c’est le problème au premier chef de celles et ceux qui sont au contact chaque jour de ce produit. » C’est ce que déclarait Emmanuel Macron en octobre 2017, au marché de Rungis, lors des États généraux de l’alimentation. Il faisait également l’éloge de l’agriculture biologique, l’agroécologie, des circuits courts, et parlait des « paysans » (« parce que moi, je revendique ce mot que j’aime ») à qui il promettait des mesures rapides pour améliorer leurs revenus et leurs conditions de vie.

Concernant les pesticides, Emmanuel Macron a été très généreux envers les soutiens de l’agrochimie, sans vraiment se cacher. Il avait promis l’interdiction du glyphosate avant 2022, puis la recherche d’alternatives dans les trois ans. Interdit aux particuliers en 2019, l’herbicide classé « cancérogène probable » par le Centre international de recherche sur le cancer n’a pas encore été interdit pour les usages agricoles et le président français a retourné sa veste.

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En 2023, la Commission européenne a pu renouveler l’autorisation du glyphosate pour 10 ans notamment parce que la France n’a pas participé à ce vote. Les néonicotinoïdes, ces substances dévastatrices pour les pollinisateurs, ont également cristallisé les tensions depuis quelques années. En 2016, la loi « pour la reconquête de la biodiversité, la nature et les paysages » avait fait un énorme pas en avant en les interdisant à partir de 2018. Mais en 2020, le tour de passe-passe des dérogations a permis aux producteurs de betteraves sucrières de les utiliser à nouveau pour trois ans. Les mêmes qui font pression aujourd’hui sur la loi Duplomb et le retour notamment de l’acétamipride.

L’obsession – ou le mirage – de la « simplification » a également servi de prétexte fréquent pour satisfaire les défenseurs du modèle agricole productiviste. Ces dernières années, les retenues d’eau XXL dites mégabassines, et les fermes-usines, ont concentré toutes l’attention de l’agro-industrie et des associations environnementales qui s’y opposent. Le concept de simplification a été utilisé par les gouvernements français, sous pression des entreprises, dès les années 1970 quand des réglementations ont été adoptées pour protéger l’environnement, notamment à l’initiative de l’Union européenne.

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Mais une accélération évidente a été marquée sous le mandat d’Emmanuel Macron avec une succession de lois et d’acronymes : en 2018, la loi Essoc (loi « pour un État au service d’une société de confiance ») et Elan (« évolution du logement, de l’aménagement et du numérique »), en 2020 la loi Asap (loi « d’accélération et de simplification de l’action publique »), en 2023 la loi Industrie verte, puis en 2025 la loi « de simplification de la vie des entreprises, la loi d’orientation agricole » et la proposition de loi Duplomb.

Déni de démocratie

Dans un rapport publié en avril dernier, France Nature environnement note que « ces quinze dernières années, ce ne sont pas moins d’une dizaine de lois de « simplification » qui ont été votées […]  auxquelles s’ajoutent des dispositions éparses au sein de diverses autres lois et de nombreux textes réglementaires (ordonnances, décrets ou arrêtés) ». Un exemple concret, et dangereux : les seuils ICPE. Les installations classées pour la protection de l’environnement, c’est-à-dire « toute exploitation industrielle ou agricole susceptible de créer des risques ou de provoquer des pollutions ou nuisances, notamment pour la sécurité et la santé des riverains » n’ont pas les mêmes impératifs selon leur taille et leur niveau de risque.

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En juin 2014, un décret a permis de rehausser les seuils des élevages intensifs qui étaient soumis aux règles les plus strictes (étude d’impact, consultation du public…) Ainsi, pour les élevages de volailles, le seuil de l’autorisation est passé de 40 000 à 85 000 emplacements pour les poulets et 60 000 pour les poules. Pour les élevages de porcs est passé de 2 000 à 3 000 et de 750 à 900 pour les truies. Des politiques de « simplification » administratives conduisent finalement à un déni de démocratie et à un détricotage progressif du droit de l’environnement au profit des industriels et des exploitants agro-industriels.

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