Un départ… pour demeurer

Roger Martelli  • 3 juin 2010
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Il y a plus de vingt ans, membre de ce qui s’appelait encore le comité central du PCF, j’ai été de l’aventure des « refondateurs ». Nous disions alors qu’il fallait tout à la fois donner au communisme d’autres fondations, rassembler politiquement les forces critiques et, ce faisant, porter la gauche tout entière vers sa gauche. Ce combat, nous l’avons mené jusqu’à ce jour dans le PCF. Nous avons même été la première « dissidence » à rester si longtemps. C’est que nous ne voulions pas nous résigner au gâchis d’un espace militant sclérosé et déclinant ; et nous pensions que le rapport historique de ce parti à la réalité populaire française rendait possible sa métamorphose, malgré des pesanteurs tout aussi historiques.

Pourquoi partons-nous ? Parce que nous jugeons, hélas, que l’appareil communiste est arrivé à un niveau d’enkystement tel que le principe de réalité ne joue plus en son sein. L’élection présidentielle de 2007 et la régionale francilienne de 2010 en ont été l’illustration achevée. Quand la logique étroite d’un appareil resserré l’emporte sur le poids du réel, quand une culture du passé se reproduit sans être contestée, alors qu’elle ne correspond plus à rien – en 2010, est secrétaire national du PCF celui-là seul que désigne la secrétaire nationale précédente ! –, quand on en est là, qu’est-ce qui peut faire bouger les choses en profondeur ?
Or, le travail est immense. Redonner au communisme le dynamisme de l’idéal, de la critique rongeuse et du temps présent, travailler à la force politique pluraliste et rassemblée sans laquelle la gauche de gauche est subalterne, raccorder la demande sociale et la politique instituée : cela demande du temps. Tant que le travail interne semblait utile, on pouvait y passer du temps ; s’il n’a plus d’utilité, ce n’est plus que du temps perdu.

Nous ne quittons pas le communisme : c’est notre horizon et notre moteur. Nous ne quittons pas les membres restants du PCF : nous ne cesserons de travailler avec eux. Nous quittons simplement ce qu’il y a de moins vivant dans le communisme : un appareil refermé sur lui-même. Un communisme sclérosé est-il encore du communisme ? Communistes, nous faisons le pari de la vie.

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Tribunes

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