Un tramway nommé délire

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Les Verts de Châtillon n’en démordent pas : le Translohr, un tramway sur pneumatiques de fabrication française, qui doit équiper la ligne T6 en construction entre Châtillon-Montrouge et Viroflay est « une aberration technologique et financière » . Début janvier, un sévère déraillement du Translohr de Clermont-Ferrand vient étayer leurs critiques. Les galets de guidage de la motrice de ce tram sur pneus ont quitté le rail, et elle s’est retrouvée en travers de la plate-forme. Et il y a des précédents ! En 2006, lors des phases d’essais, à Padoue (Italie) puis à Clermont-Ferrand, le Translohr était déjà sorti de son rail. Les experts clermontois avaient identifié le fautif – un fragment d’enjoliveur de voiture qui traînait sur le rail –, et les ingénieurs de Lohr Industrie avaient promis de remédier au problème. Rebelote à Padoue et à Tienjin (Chine) en 2007, puis à Padoue encore en 2009 et en 2010. Une rame a également flambé, sans explication dit-on, à Clermont. Ça fait beaucoup. Et l’ajout d’un dispositif de dégagement d’objets et le nettoyage systématique des plateformes par un véhicule spécialisé toutes les nuits ne suffit pas à empêcher les « déguidages » (ou déraillements).

Le conseil général des Hauts-de-Seine aurait-il fait un mauvais choix ? Les trams sur pneus seraient plus « innovants ». C’est du moins ce qu’on dit en France, peut-être pour que le contribuable avale la chère pilule du démantèlement des vieux trams sur rails de fer. Leur coût d’infrastructure est moins élevé que celle d’un tram fer classique, du moins hors maintenance. Mais les équipements roulants, eux, sont beaucoup plus onéreux (21 257 euros la place contre 11 978 euros pour un Citadis comme celui de Saint-Denis). De plus, Lohr Industrie n’a pas investi dans le guidage électronique, pourtant considéré comme fiable. La société alsacienne a préféré conserver un système propriétaire qui fait que les communes ne peuvent changer de fournisseurs au moment du renouvellement des équipements. Pire, ce type de guidage fait que le Translohr ne peut quitter son rail que par accident, contrairement à d’autres trams sur pneus qui, eux, roulent aussi sur route.

Les Verts de Châtillon, qui demandent l’arrêt d’un projet au coût pharaonique, n’ont cessé de dénoncer les irrégularités dans ce dossier. Dont certaines ont été confirmées par la Cour des comptes. Ils soulignent que le choix du tramway sur pneus a été fait hors concertation des communes et des usagers, avant même l’enquête publique et sans aucune possibilité de recours. L’appel d’offres de 2009 l’a entériné et était ainsi rédigé qu’il ne laissait finalement place qu’à un seul candidat : Lohr Industrie.

Son PDG, Robert Lohr, a dû se frotter les mains. Et trinquer à ce beau contrat avec son compatriote, François Loos, ministre délégué à l’Industrie de 2005 à 2007. Celui-ci lui avait remis le grand « Bretzel d’or » (sic) et fut lui-même de 1990 à 1993 directeur général de Lohr Industrie. Robert n’est d’ailleurs pas en manque de relations. C’est un familier des tournées commerciales présidentielles, et ses usines sont de ces vitrines que Mme Lagarde aime à visiter pour démontrer le succès… de l’exonération des heures sup, par exemple. De quoi avoir l’oreille du conseil général des Hauts-de-Seine.


Voir le dossier complet sur le site des Verts de Châtillon :
http://chatillon.ecologiesolidaire.fr

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