Anne-Sophie Lapix écartée du 20 heures : quand même la pugnacité soft fait peur

La présentatrice du JT du soir sur France 2 a quitté son poste le 29 mai. Elle ferait les frais de ses interviews politiques, jugées « redoutables ». Alors qu’elle ne faisait que son métier. Ni plus ni moins.

Robin Andraca  • 2 juin 2025
Partager :
Anne-Sophie Lapix écartée du 20 heures : quand même la pugnacité soft fait peur
© DR

« Voilà, c’est fini ». Ce 29 mai, sur le plateau du 20 heures de France 2, Anne-Sophie Lapix, dans le fauteuil depuis huit ans, a entonné cet air de Jean-Louis Aubert avant de conclure son JT du jour. Et pour cause : après quelques semaines de rumeurs, malgré la volonté de la journaliste de conserver son poste, son départ lui a été signifié par la présidente-directrice générale de France Télévisions, Delphine Ernotte Cunci ce 26 mai 2025. Soit un an avant les élections municipales et deux avant la présidentielle (si aucune élection anticipée n’a lieu avant). Cette décision, la première de Delphine Ernotte Cunci depuis sa reconduction à la tête du groupe public, a évidemment été largement commentée par la presse française.

Le nom de son remplaçant ou remplaçante n’est pas encore connu, mais deux explications ont été avancées pour éclairer cette décision. La première : les sacro-saintes audiences, alors que le 20 heures de France 2 ne cesse de faire la course derrière celui de TF1, malgré une formule renouvelée et allongée cette année. Et une seconde, présente dans la plupart des papiers à ce sujet : Anne-Sophie Lapix était « redoutée » pour ses interviews politiques, comme le titre Le Monde« Anne-Sophie Lapix, connue pour sa pugnacité lors des entretiens politiques, pourrait aussi, selon certains journalistes en interne, faire les frais des critiques qu’a soulevées ce style offensif », résume le quotidien du soir dans le corps de son papier.

Pugnacité

De quelle « pugnacité » parle-t-on ? D’une interview de 2012 de Marine Le Pen, où la journaliste renvoyait la candidate frontiste à ses études sur la question de l’augmentation des petits salaires. D’une autre de Xavier Bertrand en 2022, où Anne-Sophie Lapix rappelait de biens petits sondages au candidat à l’élection présidentielle, lui qui se voyait déjà à l’Élysée. Et plus récemment, une pique lancée avec le sourire : « Vous ne deviez pas faire baisser le Rassemblement national ? », à Emmanuel Macron.

‘Pugnacité’, ‘style offensif’, ‘hostilité‘ : autant de qualités indispensables pour un ou une journaliste, particulièrement sur le service public.

Une décision politique ce changement de visage à venir ? La direction n’a jamais communiqué à ce sujet, et assure d’ailleurs que la journaliste continuera de travailler sur France 2. Mais rappelons qu’en 2022, et Marine Le Pen et Emmanuel Macron avaient refusé d’être interviewés par Anne-Sophie Lapix. À l’époque, Marine Le Pen dénonçait une forme « d’hostilité » de la journaliste à son égard. Des « proches d’Emmanuel Macron » estimaient aussi qu’elle était « trop offensive ».

Le président avait d’ailleurs refusé, à l’époque, d’être présent sur France 2 avant le premier tour, contrairement à ses onze adversaires. « Pugnacité », « style offensif », « hostilité » : autant de qualités indispensables pour un ou une journaliste, particulièrement sur le service public, où des journalistes, payés avec nos impôts, se retrouvent à demander des comptes à des personnes élues par nos votes (et payées aussi par nos impôts). Que reprochent ces hommes et ces femmes politiques, et leur entourage, à Anne-Sophie Lapix, pourtant pas la plus redoutable des intervieweuses en réalité ? De faire son métier. Ni plus, ni moins.

Recevez Politis chez vous chaque semaine !
Abonnez-vous
Publié dans
Sur le gril

Chaque semaine, retrouvez la chronique médias en partenariat
avec

Temps de lecture : 3 minutes
Soutenez Politis, faites un don.

Chaque jour, Politis donne une voix à celles et ceux qui ne l’ont pas, pour favoriser des prises de conscience politiques et le débat d’idées, par ses enquêtes, reportages et analyses. Parce que chez Politis, on pense que l’émancipation de chacun·e et la vitalité de notre démocratie dépendent (aussi) d’une information libre et indépendante.

Faire Un Don

Pour aller plus loin…

Le RN veut interdire le voile… oui, mais Mélenchon a « changé » d’avis sur le sujet
Sur le gril 7 septembre 2026

Le RN veut interdire le voile… oui, mais Mélenchon a « changé » d’avis sur le sujet

Au cœur de cette semaine quasi mono-thématique sur le voile et la volonté du Rassemblement national d’interdire aux femmes de le porter dans l’espace public, un sous-sujet s’est imposé sur les plateaux : l’évolution de la position du leader insoumis. Un non-événement, pourtant.
Par Élodie Safaris
Les médias de milliardaires outrés de la « chasse aux riches » proposée par LFI
Sur le gril 31 août 2026

Les médias de milliardaires outrés de la « chasse aux riches » proposée par LFI

Les médias de Bolloré, et d’autres détenus par des milliardaires, sont vent debout contre l’idée de LFI d’interdire les grosses fortunes. Leurs journalistes, bien que non concernés, ont même fait preuve d’un zèle à toute épreuve.
Par Pauline Bock
Présidentielle 2027 : vous aussi, portez-vous « officiellement candidat »
Sur le gril 24 août 2026

Présidentielle 2027 : vous aussi, portez-vous « officiellement candidat »

L’annonce de la candidature de Francis Lalanne à la présidentielle pose une question aux médias : comment traiter les candidatures plus ou moins susceptibles d’aboutir « officiellement », c’est-à-dire avec la possibilité de voter pour la personne concernée ?
Par Loris Guémart
Rima Hassan : quand « Franc-Tireur » réécrit l’histoire
Sur le gril 20 juillet 2026

Rima Hassan : quand « Franc-Tireur » réécrit l’histoire

Le « journalisme » selon Franc-Tireur et Nora Bussigny : ne surtout pas trop creuser, au risque de devoir se confronter aux faits, et à la vérité, qui se mettent si souvent en travers des histoires que l’on écrit à l’avance.
Par Robin Andraca