Au Chili, un espoir pour la gauche

Dimanche 29 juin, la candidate du Parti communiste, Jeannette Jara, a emporté haut la main les primaires de gauche. Elle représentera la coalition de centre-gauche Unidad por Chile à l’élection présidentielle, en novembre prochain. Un défi important dans un contexte de droitisation du continent sud-américain.

Marion Esnault  • 1 juillet 2025 abonné·es
Au Chili, un espoir pour la gauche
Jeannette Jara celèbre sa victoire, à Santiago du Chili, le 29 juin 2025.
© Lucas Aguayo Araos / Anadolu / AFP

Au pied d’une Cordillère des Andes enneigée ce dimanche soir, à Santiago du Chili, les centaines de personnes réunies au QG de campagne de Jeannette Jara scandent, exaltées : « On sent avec force Jara présidente. » Avec 60,17 % des voix, la candidate du Parti communiste remporte les primaires présidentielles face à trois autres candidats de la coalition de centre-gauche, Gonzalo Winter, Jaime Mulet et Carolina Tohá.

Cette dernière, ancienne ministre de l’Intérieur, n’a obtenu que 28 % des voix. Elle s’est adressée à la presse après l’annonce des résultats. « Je suis déçue et triste, mais je reconnais ma défaite. Jeannette Jara est désormais la candidate de la coalition de gauche », a-t-elle déclaré fermement.

Vers 21 heures, la candidate communiste s’est fièrement dirigée vers le podium, entourée des trois candidats vaincus. Elle a promis de présenter un programme commun et socialement ambitieux pour faire face à l’ultra-droite chilienne, le 16 novembre prochain. Lors du premier tour de l’élection présidentielle, elle aura deux principaux adversaires : Evelyn Matthei (droite traditionnelle) et José Antonio Kast (extrême droite).

La voix tremblante mais forte, Jeannette Jara s’est adressée à la foule en rappelant qu’elle venait d’une famille humble et d’un quartier populaire de la périphérie de Santiago, à Conchalí. « Je ne viens pas de l’élite, mais du vrai Chili », avait-elle lancé lors de son premier meeting de campagne. Née en 1974 – un an après le coup d’État qui a mis fin à l’Unité populaire de Salvador Allende –, elle commence à militer dans les jeunesses communistes dès l’âge de 14 ans. Fille d’un mécanicien industriel et d’une femme au foyer, elle est l’aînée de cinq frères et sœurs. Elle possède trois diplômes : en administration publique, en droit et en politiques publiques.

Discrète et charismatique, Jeannette Jara est très souvent comparée à l’ancienne présidente Michelle Bachelet.

Avant de s’engager dans le gouvernement de Gabriel Boric comme ministre du Travail, Jeannette Jara a été députée et sous-secrétaire à la Protection sociale dans le second gouvernement de Michelle Bachelet (2014-2018). Ces trois dernières années, elle a mené les réformes sociales les plus emblématiques du mandat de l’actuel président progressiste : les pensions de retraite, les 40 heures de travail par semaine et le salaire minimum le plus élevé d’Amérique du Sud (480 euros).

Pour la droite, le « danger communiste »

Discrète et charismatique, Jeannette Jara est très souvent comparée à l’ancienne présidente Michelle Bachelet. Une figure rassurante et aimante, mais aussi déterminée et ferme. Beaucoup de femmes et d’hommes politiques, comme le sénateur Juan Luis Castro (Parti socialiste), considèrent qu’« elle est proche des gens, empathique », et que « c’est probablement ce qui lui a permis de gagner ». Pepe Auth, sociologue et homme politique chilien, ajoute qu’« aujourd’hui la moitié des électeurs sont dépolitisés et ne votent pas pour des idées mais pour une personne qui leur inspire confiance ».Quelques heures après la victoire de Jeannette Jara, le fondateur du Parti national libertarien (extrême droite), Johannes Kaiser, a déclaré que « le Parti Communiste est un danger » et que « souvent, dans l’histoire, les communistes ont pris le pouvoir et ne l’ont jamais rendu ». Au lendemain de sa victoire, Jeannette Jara a dû rappeler qu’elle était « la candidate de la coalition de centre-gauche, et non la candidate du Parti communiste ». Fidèle à son parti, elle a néanmoins « su mener sa campagne en se décommunisant. Ça peut fonctionner, surtout si elle résout les problèmes concrets de la population », analyse Pepe Auth.

Dans ce contexte post-pandémie et de redressement économique, beaucoup de mouvements

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