La pub s’en tire encore

La loi Grenelle 2 ménage de belles échappatoires aux afficheurs publicitaires.

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Depuis deux décennies, le paysage est phagocyté par une faune proliférante de supports publicitaires, dans une anarchie tenant à la complaisance de la loi, à la créativité des afficheurs et à une très faible répression. Plusieurs centaines de milliers de panneaux, affiches, bâches et enseignes. seraient illégaux en France. Les associations, qui bataillaient dans une quasi-indifférence, ont obtenu que la loi Grenelle 2 modifie la réglementation. C’est l’objet d’un projet de décret livré par la ministre de l’Écologie à la consultation du public, mais jusqu’au 11 mars seulement. Craint-elle l’afflux de critiques pour excès de complaisance envers les gros bras de la pub ?

Nathalie Kosciusko-Morizet affirme pourtant que «  le cadre de vie et l’image même de nos villes » vont s’améliorer, notamment grâce à la fin des « couloirs publicitaires » à leurs entrées. C’est le principal effort du texte, qui introduit une limite de densité. Le Collectif des déboulonneurs relève aussi certaines limitations de durée d’autorisation et de fonctionnement pour les publicités lumineuses, ou de surface de pub sur les immenses bâches de chantiers (12 m² maximum). Mais elles sont « rares et maigres » face à d’importantes faiblesses : limite de densité inopérante en pleine ville, possibilité de bâches permanentes, dérogation aux alentours des aéroports pour des panneaux de 50 m², réduction de 16 m² à 12 m² de la taille maximum des panneaux classiques 
– un gain visuel presque nul. « On se contente d’entériner le format standard » , c’est-à-dire les fameux « 4x3 » omniprésents, « symboles même de la pollution en matière d’affichage publicitaire » , alerte Paysages de France.

L’association dénonce des lacunes « inacceptables » sous la pression de l’Union de la publicité extérieure, organisation regroupant une quarantaine de sociétés. Tel le « monstrueux tour de passe-passe » de l’invention d’ « unités urbaines » de plus de 100 000 habitants autour des petites villes, dont le rayon pourra dépasser 50 kilomètres, où resteraient autorisés les 4x3, y compris dans des villages. Ou bien le maintien d’un régime très peu contraignant de dérogations. « Y compris dans les parcs naturels régionaux, les zones d’adhésion des parcs nationaux ou de protection du patrimoine, où il laisse les afficheurs presque aussi libres que dans les lieux à publicité autorisée » , déplore Pierre-Jean Delahousse, ­président de Paysages de France, qui presse la ministre de revenir sur ces reculs1 préparant la survivance et même le développement de l’essentiel de la pollution publicitaire pour les années à venir.


  1. Voir, en réaction, la campagne (n° 397) organisée par www.cyberacteurs.org 


Photo : HUGUEN / afp

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