Leïla Shahid : « J’éprouve bonheur, fierté et espoir ! »

Pour la première fois, Leïla Shahid s’exprime sur les révolutions arabes et nous dit son émotion. Elle analyse les conséquences internationales de ces bouleversements, notamment sur le conflit israélo-palestinien. Tandis qu’en Libye Kadhafi, rejeté par tout un peuple, s’obstine dans le crime.

Denis Sieffert  • 3 mars 2011 abonné·es
Leïla Shahid : « J’éprouve bonheur, fierté et espoir ! »
© Photo : AGOSTINI / AFP

Politis : Qu’avez-vous ressenti en voyant tous ces événements dans le monde arabe ?

Leïla Shahid : Avant tout, un immense bonheur, une fierté, un espoir dans ce monde arabe. Je dois avouer que j’étais résignée à l’idée que cette société civile arabe n’ait ni les moyens ni le désir d’une Intifada. J’insiste sur ce mot auquel je veux donner son sens premier : le sursaut, le retour de la confiance en soi. Je suis avant tout une Arabe. Et, pour moi, ce mouvement a la même importance que les indépendances. De Mauritanie jusqu’en Irak, de Turquie jusqu’au Yémen, les États sont différents, mais les sociétés civiles ont en partage une langue, une identité, une culture. Les gens récitent les mêmes poésies et fredonnent les mêmes chansons.

Nous avons eu la génération de la Nakba (la « catastrophe » de 1948), celle de la Naksa, la défaite de 1967, celle de l’Intifada, en 1987, et voici la génération de la Hadatha, la « modernité ». En tant que femme, en tant que citoyenne arabe palestinienne, ce qui me semble important c’est la façon dont cette jeunesse arabe est entrée en politique, par la plus grande porte. Celle de la résistance à l’injustice et de la défense du droit. Alors que tout avait été fait pour les individualiser et les inciter à ne pas s’intéresser à la politique, ces jeunes ont fait une révolution non-violente, citoyenne, incluant tous les aspects de la vie sociale, et n’ont cédé à aucun moment à des antagonismes religieux. Voyez ces Tunisiens, dont on nous disait qu’ils étaient le peuple où les hommes portent du jasmin derrière l’oreille, tout juste capables d’accueillir les Européens pour des vacances au Club Med ! Ce sont eux qui ont montré le chemin aux Égyptiens et aux Libyens, même

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Publié dans le dossier
Le retour de la fierté arabe
Temps de lecture : 10 minutes