Municipales : à Vaulx-en-Velin, l’union de la gauche peut attendre

Plus que jamais, le torchon brûle dans cette grosse ville populaire de l’est lyonnais. Le PS et LFI s’y écharpent autour des élections municipales, entraînant les écolos et les communistes dans leur sillage.

Oriane Mollaret  • 18 février 2026 abonné·es
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Municipales : à Vaulx-en-Velin, l’union de la gauche peut attendre
La maire de Vaulx-en-Velin, Hélène Geoffroy, en marge du 81e congrès du Parti socialiste (PS) au centre de conférences Prouvé à Nancy, le 15 juin 2025.
© Jean-Christophe VERHAEGEN / AFP
Municipales : un scrutin crucial

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Guerre de tranchées. Fief communiste depuis la Seconde Guerre mondiale, Vaulx-en-Velin a viré socialiste en 2014 avec l’arrivée à la mairie d’Hélène Geoffroy. L’édile brigue aujourd’hui un troisième mandat. En face, ou plutôt encore plus à gauche, la candidature d’Abdelkader Lahmar était un secret de Polichinelle.

Le député insoumis, enfant du quartier populaire vaudais du Mas du Taureau, n’est plus le petit prof d’économie du quartier depuis les législatives de juillet 2024. Il a été porté à l’Assemblée nationale par une forte mobilisation des quartiers populaires de Vaulx-en-Velin qui, d’ordinaire, votent peu. Depuis, nombreux étaient ceux à voir en lui leur futur maire. Le reste de la gauche vaudaise a dû choisir son camp.

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En 2020, Hélène Geoffroy a été réélue avec précisément 2 454 voix, pour une ville qui compte plus de 52 000 habitant·es. Le Parti socialiste (PS) n’a pas bonne presse dans le coin où il est courant d’entendre les habitants dire qu’ils ne votent plus « depuis François Hollande » accusé d’avoir « tué la gauche ». Mais cette année, elle peut compter sur le soutien officiel des Écologistes qui, dans un communiqué publié à la fin du mois de janvier, expliquent suivre une « stratégie métropolitaine visant à construire des majorités de gauche dès le premier tour ».

Fracture chez les écologistes

Certains ont fait le choix de la dissidence pour rejoindre Abdelkader Lahmar. C’est le cas d’Akim Berais, chez les Écologistes depuis 2020 et cofondateur du mouvement d’initiative vaudais avec le député mélenchoniste. D’après lui, le vote des écologistes vaudais en faveur de l’actuelle maire est lié à la suspension d’une dizaine de membres pro-Lahmar juste avant le scrutin. « Une mascarade », peste-t-il.

La question, ce n’est pas Hélène Geoffroy, c’est le cursus politique.

A. Berais

Il regrette l’absence de discussion au niveau local sur cette « union de la gauche » qu’il a découverte en septembre dernier dans une tribune cosignée par Bruno Bernard, actuel président écologiste de la Métropole de Lyon, et Hélène Geoffroy. Impossible, pour lui, de s’allier à elle. « La question, ce n’est pas Hélène Geoffroy, c’est le cursus politique, précise-t-il. Elle est alliée à des candidats de droite ! » Il fait ici allusion à la présence, dans la majorité municipale, d’élus anciennement encartés chez les Républicains comme Philippe Moine qui a depuis rejoint le groupe Agir, la droite constructive et Horizons.

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« Ça a été un sujet de discussion, reconnaît Abdallah Slimani, élu chef de file des écologistes vaudais. Mais ces personnes ne sont plus encartées chez LR ni chez Horizons. » Pourtant, au moins un d’entre eux, Philippe Moine, est toujours responsable du comité vaudais d’Horizons à en croire le site web du parti d’Édouard Philippe. Les écologistes frondeurs ne sont « pas un problème » estime Abdallah Slimani, à Vaulx-en-Velin où la gauche a un boulevard.

Les communistes irréconciliables

La section vaudaise du Parti communiste français (PCF) a longuement hésité à présenter sa propre liste. Ses adhérents ont finalement choisi de soutenir Abdelkader Lahmar « à 75 % », précise Lucas Boghossian, chef de file du parti à Vaulx. Ceci en dépit de l’investiture du député Idir Boumertit par LFI à Vénissieux, face à la maire sortante communiste Michèle Picard. Les deux anciens maires communistes de Vaulx-en-Velin, Maurice Charrier (1985-2009) et Bernard Genin (2009-2014) ont tous deux rallié l’insoumis. « On a un ennemi commun : Hélène Geoffroy, explique Lucas Boghossian. Idéologiquement, on est plus proche de LFI que du PS. »

Pas de leçon de gauche à recevoir.

H. Geoffroy

En désaccord avec cette décision, Ange Vidal, conseillère municipale PCF et tête de liste du parti aux municipales de 2020, a décidé de se ranger aux côtés d’Hélène Geoffroy. Elle fait l’objet d’une procédure disciplinaire qui pourrait aboutir à son exclusion du parti. Tant pis. Hors de question, pour elle, de rejoindre LFI et encore moins Abdelkader Lahmar. Elle décrit un candidat au discours « simpliste » et « diviseur », « sans programme, sans conscience politique et sans conviction ». « On peut dire que je n’en ai pas non plus puisque j’ai rejoint Hélène Geoffroy, ajoute-t-elle après un instant de réflexion. Mais nous avons des convergences. »

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L’actuelle maire de Vaulx-en-Velin assume le soutien d’élus de droite comme Philippe Moine – pas son parti. « C’est sa personnalité que je garde, précise-t-elle. Il n’y a aucun accord politique avec Horizons, avec qui je suis en désaccord. » Elle estime qu’elle n’a « pas de leçon de gauche à recevoir ». Et surtout pas de la part de LFI, à qui elle reproche « l’outrance permanente » et « la vision misérabiliste des banlieues ». Quant à la présence de cette liste concurrente à gauche, difficile pour elle d’y trouver à redire. « En 2014, j’ai bien gagné la ville face aux communistes », rappelle-t-elle.

Deux visions de Vaulx-en-Velin

Localement, la campagne semble se cristalliser autour de la question du logement, cruciale dans cette ville populaire. Hélène Geoffroy réaffirme sa volonté de « transformer » la commune pour y accueillir « toutes les sociologies » et « garder les Vaudais qui partaient ». Elle se félicite des nouvelles écoles et des établissements d’enseignement supérieur ouverts ou agrandis à Vaulx-en-Velin, de la médiathèque, de l’arrivée prochaine du tramway…

Mme Geoffroy veut changer Vaulx-en-Velin en en changeant les habitants.

A. Lahmar

Une « gentrification » en marche, pour Abdelkader Lahmar, qui veut conserver le maximum de logements sociaux, notamment dans le quartier précaire du Mas du Taureau, en les rénovant. « Tous les projets structurants qu’elle a fait pour la ville n’ont pas été pensés pour ses habitants mais pour en attirer de nouveaux, regrette-t-il. Mme Geoffroy veut changer Vaulx-en-Velin en en changeant les habitants. » Bref, la gauche vaudaise semble irréconciliable. Heureusement, il n’y a personne en face.

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