Mieux vaudrait que l’Arabe ne vote pas

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À la toute fin du mois de juillet dernier, Jean Daniel, éditorialiste fameux au Nouvel Observateur, fit sur son blog un billet, pour constater -- gros scoop -- que  « le massacre perpétré » quelques jours auparavant « à Oslo par un illuminé » était « un événement d’une gravité exceptionnelle ». Sa conclusion fut que « le crime des crimes », aux yeux de ce terroriste, était « bien la diversité », et que c’était par conséquent « sur cette notion » qu’il fallait « s’attarder » -- le temps de se demander, par exemple : « Dans quelles circonstances cette diversité peut-elle poser des problèmes, susciter des allergies qui deviennent des préventions et des préjugés  qui se transforment en une intolérance radicale», mâme Dupont ?

Jean Daniel, pudique, négligea de (se) demander, au passage, si le massacreur islamophobe d’Oslo, s’inquiétait, comme lui, de « la connivence secrète des musulmans avec les terroristes même quand ils les désavouent publiquement »  1 -- mais promit, en revanche, que son hebdomadaire publierait sous vite, sur de tels sujets, « un entretien éclairant avec le grand islamisant Bernard Lewis ».

Et de fait, le Nouvel Obs vient de nous gratifier, un mois plus tard, de l’ « entretien » annoncé, assorti d’une très courte notice biographique où n’est mentionné nulle part que ledit « grand islamisant Bernard Lewis » fut l’un des penseurs préférés du bushisme croisadeux -- il a récité naguère « que l’invasion de  » l’Irak par les Yankees « ferait naître une aube nouvelle »« les troupes américaines seraient accueillies en libératrices »  2 -- et que Noam Chomsky le tient pour un « vulgaire propagandiste »  : le gars est plutôt présenté comme un sobre « historien, spécialiste de l’histoire de l’islam et de ses rapports avec l’Occident ».

Et de fait aussi : c’est, comme promis par Jean Daniel, un « entretien éclairant » -- pour ce qu’il révèle de la sale petite musique qui fait dans notre sale petite époque un constant bruit de fond.


Ainsi : Bernard Lewis assure que « procéder à des élections » démocratiques « de type occidental dans des pays arabes ou musulmans peut se révéler dangereux », car cela pourrait aboutir « à une confiscation du pouvoir par des extrémistes religieux ». (Comme à Gaza, genre, où ces gros salauds d’Arabo-mahométan(e)s ont profité qu’on les avait autorisés à voter librement pour élire l’Hamas, aaah, putain, ces gens sont vraiment confits dans une médiévale petitesse.) Puis de répéter, pour si t’aurais pas compris : « Des élections libres à l’occidentale risquent surtout d’amener au pouvoir les Frères musulmans, ou d’autres qui leur ressemblent. » (Alors que chez nous, elles amènent, nonobstant qu’il a réuni moins de voix qu’Al Gore, le très laïque George W. Bush : conviens que c’est plus civilisé ?)


« La diversité »  ? D’accord, Hector. Why not ? Mais à condition de ne pas distribuer trop d’élections libres aux fil(le)s d’Allah, qui en font un usage trop peu texan.



  1. Le Nouvel Observateur, 16 novembre 2004. 

  2. « Bernard Lewis et le gène de l’islam », par Alain Gresh, le Monde diplomatique, août 2005. 


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