Affaire Shalit : un autre « point de vue »

L’affaire Gilad Shalit est l’exemple même du fossé qui sépare, non seulement Israël des Palestiniens, mais le monde arabe et les capitales occidentales.

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Selon une vision française qui va de la presse audiovisuelle (c’est plus complexe dans la presse écrite) à l’Elysée, il n’y a qu’un langage : le jeune franco-israélien Gilad Shalit, enlevé en lisière de Gaza en juin 2006, et dont la libération est attendue dans les heurs qui viennent, est « l’otage du Hamas ». Des bâtiments officiels exposent son portrait. Dans l’imaginaire occidental, il est un jeune homme innocent enlevé par un groupe terroriste. Sarkozy téléphone à ses parents. On ne s’étonne pas du fait qu’il puisse être échangé contre 1027 prisonniers palestiniens. « Prisonniers » et pas « otages ».

Au contraire, dans la représentation palestinienne, et arabe, Gilad Shalit est un soldat en service, dont le char avait ou allait tirer sur des Palestiniens, puisque, rappelons-le, en juin 2006, Israël menait une offensive meurtrière à Gaza. Il est un prisonnier de guerre. Quant aux milliers de « prisonniers » palestiniens qui croupissent dans les prisons israéliennes, ils ont pour la plupart été arrêtés au cours de rafles. Ils sont souvent détenus sans procès, et sans charges sérieuses contre eux. Et si on reproche au Hamas de n’avoir jamais permis à un avocat de visiter Shalit, il en est de même pour de très nombreux détenus palestiniens, interdits de visites, alors qu’ils sont plutôt victimes d’une punition collective que d’accusations qui les concerne personnellement.

On le voit, la vision et le vocabulaire qui dominent dans la plupart des médias occidentaux sont fortement marqués par l’empreinte coloniale. On y oublie que nous avons affaire à un conflit colonial, et que c’est Gilad Shalit qui, en l’occurrence, représente l’entreprise coloniale. Cela dit, Shalit est un jeune soldat pris dans une logique dont il n’est pas responsable. Tout le monde ne peut pas être aussi héroïque que ces jeunes Israéliens qui préfèrent aller en prison plutôt que de tuer des Palestiniens. Et il faut donc se féliciter de sa prochaine libération.

Sans oublier que de l’autre côté aussi, ces détentions arbitraires, comme celle du jeune franco-palestiniens Salah Hamouri détenu depuis 2005 (pas un coup de fil de Sarkozy à sa mère, française) sur une simple « présomption », provoquent des drames humains et des déchirements. Il n’y a pas d’un côté, le visage de l’innocence, et de l’autre une « statistique ». Au plan politique, l’affaire démontre qu’Israël, contrairement aux dénégations officielles, négocie avec les « terroristes » du Hamas, et que ces derniers savent aussi faire de la politique…


Photo : HANDOUT / GETTY IMAGES EUROPE / GETTY IMAGES / AFP

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