Hollande, sans surprise

Comme attendu, François Hollande remporte les primaires socialistes et représentera le PS à l'élection présidentielle de 2012. Au siège du parti rue de Solférino, dimanche soir, le ton était à l'unité. Morceaux choisis.

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Martine Aubry la joue grand seigneur. Devant un mur de caméras et une sélection scrupuleuse parmi les 350 journalistes accrédités pour la soirée, la maire de Lille résume, laconique : « Je retourne à mes fonctions de premier secrétaire du Parti socialiste » . Puis, derrière l'éloge obligée au processus des primaires : « François Hollande incarne l'espoir des socialistes. L'heure est au rassemblement. » Une fois le speech terminé, le visage de la finaliste des primaires du PS ne trompe pas : mine défaite, regard perdu sur ses chaussures, le coup est manifestement dur à encaisser pour Martine Aubry.

Beaucoup plus détendu, moins solennel, Arnaud Montebourg adresse quelques minutes plus tard ses « sincères, amicales et chaleureuses félicitations » au vainqueur du jour. Parle, tout content, d'un « extraordinaire processus de modernisation du PS » , d'un « projet nouveau » , d'  « équipes , [de] dirigeants nouveaux » . Et se félicite de son « échange de lettres »  avec les deux finalistes des primaires : « Les lignes ont bougé, les programmes ont bougé, le PS a changé. » Voici donc « la nouvelle France »  : « Une force nouvelle est née et rien ne l'arrêtera » . Au tour de François Hollande maintenant de monter sur l'estrade, dans la bousculade, les flashes et les cris venus de la cour réservée aux militants. « Ma démarche est fondée sur la crédibilité, la justice, sur une grande espérance : offrir à la jeunesse de France une vie meilleure que la nôtre » , lance le tout frais candidat PS pour 2012. « La droite n'a rien à perdre, sauf ce qu'il lui reste, le pouvoir » , continue Hollande, avant d'asséner un des futurs slogans de campagne : « C'est le rêve français que je veux réenchanter ! »

Quelques heures avant ces interventions calibrées pour les directs TV et radios, entre 19 heures et 20h30, c'était aux seconds couteaux de s'exprimer, en badinant l'air de rien au milieu des journalistes désoeuvrés, réunis dans la cour de Solférino sous une immense tente blanche. Le meilleur dans cet exercice ? Jack Lang, un soutien « hollandais » qui n'a « rien à dire » et finit par lasser perches et micros après dix bonnes minutes de langue de bois. « C'est le PS qui sort vainqueur des primaires » , « une leçon de démocratie » , « plus la droite veut nous démolir, plus elle nous solidifie » . Et le bouquet final : « Plus rien ne sera jamais plus comme avant » .

Razzy Hammadi, secrétaire national du PS chargé des services publics et proche de Martine Aubry, prépare le terrain : « Dans tous les cas de figure, Martine Aubry sera là pour le PS. Et quel que soit le candidat, on sera tous rassemblé derrière lui » . Henri Weber, député européen et aubryiste, est envoyé sous la tente des journalistes un peu avant 20 heures. « Ce sera sans surprise » , prédit-il. Quel avenir pour la candidate malheureuse ? « Il faut qu’elle reste premier secrétaire, c’est un élément de la réconciliation… Les socialistes ont une grande culture de la réconciliation » , ajoute celui qui estime « qu’on a beaucoup exagéré » sur la division du parti en 2007.

Sous le chapiteau presse, guère de suspense. Les rumeurs courent. On donne à Hollande 53 %. Puis 54 %. Puis 55 %. « De toute façon, on aura vite oublié les scores , analyse un journaliste belge de la RTBF, qui couvre la politique française « qui passionne les Belges » depuis quinze ans. C’est comme au rugby : l’équipe de France fait de mauvais matchs, mais si elle gagne, on se souviendra juste qu’elle a gagné » .

Les résultats officieux officialisés, l'heure est au rassemblement, contraint et forcé pour certains. Gauthier Caron-Thibault, jeune conseiller de Paris « aubryiste », affiche la mine déconfite du bon perdant. « Ce qui est sûr, c’est l’équipe d’Aubry était très soudée , regrette-t-il en se dirigeant vers la péniche « Le quai » où une foule clairsemée de partisans de la maire de Lille s'est rassemblée pour regarder le premier discours télévisé du nouveau candidat. Je ne suis pas sûr que les partisans de Montebourg aient particulièrement envie de travailler avec les partisans de Hollande… ça va être le grand écart ». À la Maison de l'Amérique latine, où François Hollande et ses soutiens se sont rendus à pied pour finir la soirée, la fête sera calme : discours fleuve du nouveau patron, eau gazeuse, jus de fruit, cola et brownies. Quelques minutes auparavant, dans une harangue aux jeunes du PS réunis à Solférino, François Hollande a pu savourer sa victoire dans l'euphorie juvénile du moment. Et le candidat fraîchement affûté pour les joutes à venir de conclure : « Je vais m'arrêter de parler, parce qu'il est tard, et que vous avez sans doute faim. Faim de victoire ! »


Photo : PATRICK KOVARIK / AFP

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