« Ils parlent d’échange de migrants comme si les personnes étaient des objets »

Alors qu’un accord d’échange des personnes exilées a été trouvé entre la France et le Royaume-Uni, Amélie Moyart, d’Utopia 56, revient sur les politiques répressives à la frontière et le drame qui a conduit l’association à porter plainte contre X pour homicide involontaire.

Élise Leclercq  • 11 juillet 2025 abonné·es
« Ils parlent d’échange de migrants comme si les personnes étaient des objets »
Une surveillance du littoral effectuée par Utopia 56, à Calais, en janvier 2024.
© Maxime Sirvins

Mardi 8 juillet, l’association d’aide aux personnes exilées Utopia 56 a annoncé porter plainte contre X pour "homicide involontaire et omission de porter secours". L’affaire remonte à une nuit de mars 2024 où Jumaa al Hassan est mort noyé lors d’une intervention policière pour empêcher le départ d’un bateau vers l’Angleterre. Un drame qui s’inscrit dans une augmentation de la répression à la frontière, alors que le sommet franco-britannique vient de se conclure. Ce jeudi 10 juillet, un accord a été trouvé entre la France et le Royaume-Uni statuant pour que « les migrants arrivant par petits bateaux [soient] arrêtés puis envoyés rapidement en France ». Interview avec Amélie Moyart, chargée de communication à Utopia 56.

Emmanuel Macron et Keir Starmer se sont accordés lors du sommet franco-britannique sur l’immigration irrégulière. Il est notamment question de pouvoir réaliser un "échange de migrants". Qu’en pensez-vous ?

Amélie Moyart : Ils parlent d'échange de migrants comme si les personnes étaient des objets, comme si on venait monétiser des vies humaines. Rien que sur l'aspect humain, ces annonces sont ignobles. Emmanuel Macron a annoncé que la Cour européenne des droits de l'homme devait d’abord valider cet accord, ce qui montre qu’eux-mêmes savent qu'ils sont en train de flirter avec le droit. Renvoyer des personnes qui arriveraient en embarcation de fortune en Angleterre vers la France, c’est tout simplement du refoulement.

Ils s'entêtent dans cette politique qui n'a aucune efficacité si ce n'est qu'elle tue des personnes.

Il est également question de permettre aux forces de l’ordre d’intervenir jusqu’à 300 mètres des côtes en mer.

Oui, cet accord va être accompagné d'un renforcement de la répression à la frontière. Leur deuxième proposition permettant les interventions de policiers dans la mer jusqu’à 300 mètres est donc liée. Pourtant on sait que la répression n'est pas du tout efficace. Les traversées continuent et vont continuer. On parle de millions d'euros chaque mois de la part de l'Angleterre et de la France. Il n'y a pas que l'Angleterre qui paye, la France met aussi beaucoup d'argent là-dedans.

Il faut payer tous les policiers qui sont présents toutes les nuits et tout le matériel qu'ils utilisent. Il y a des drones, des barrières, des avions, des nouvelles motos et quads pour aller sur les plages. Tout cet argent pourrait être utilisé autrement. Il y a vraiment une corrélation entre la répression et les

Envie de terminer cet article ? Nous vous l’offrons !

Il vous suffit de vous inscrire à notre newsletter quotidienne :

Vous préférez nous soutenir directement ?
Déjà abonné ?
(mot de passe oublié ?)

Pour aller plus loin…

Football : l’homophobie occupe toujours le terrain
Enquête 16 juillet 2026 abonné·es

Football : l’homophobie occupe toujours le terrain

Tandis que la Coupe du monde 2026 s’achève, il demeure difficile pour un joueur de se déclarer gay. En France, si les instances professionnelles proposent aujourd’hui des ateliers de sensibilisation aux discriminations, les pouvoirs publics peinent à prendre les mesures nécessaires.
Par Bérénice Paul
Décryptage vidéo – Ce que contient la proposition de loi sur la protection des enfants
Vidéo 15 juillet 2026

Décryptage vidéo – Ce que contient la proposition de loi sur la protection des enfants

Les députés examinent, ce mercredi 15 juillet, un projet de loi relatif à la protection des enfants. Politis décrypte pour vous les grandes lignes de ce texte et les critiques qu’il suscite.
Par Salomé Dionisi
Au tribunal de Versailles, les violences sur mineur·es à la barre
Justice 15 juillet 2026 abonné·es

Au tribunal de Versailles, les violences sur mineur·es à la barre

En 2025, au moins 190 000 mineur·es ont été signalé·es comme victimes de violences physiques ou sexuelles. Un chiffre largement sous-évalué. Lorsque des plaintes sont déposées et que les procédures aboutissent, ces dossiers sont la plupart du temps jugés en correctionnelle lors d’audiences spécifiques.
Par Céline Martelet
« En tant que magistrats, nous devons être à la hauteur de l’attente de ces enfants victimes »  
Entretien 15 juillet 2026 abonné·es

« En tant que magistrats, nous devons être à la hauteur de l’attente de ces enfants victimes »  

À Bobigny, où une audience hebdomadaire est consacrée à des dossiers de violence sexuelle sur les enfants, le magistrat Youssef Badr raconte le quotidien d’une justice confrontée à la parole des mineur·es et appelle à mieux les accompagner.
Par Céline Martelet