Le «PS bashing» à la mode UMP

Opération « dézinguage du PS » à l’UMP. Réunis mardi au Pavillon Gabriel, à Paris, pour une convention intitulée « Le projet socialiste à la loupe : le grand malentendu », les lieutenants sarkozystes ont voulu taper fort… et à bras raccourci sur François Hollande, tout en survalorisant le mandat de Sarkozy, sans jamais se départir de leur mauvaise foi. Passage en revue, en sept points.

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1. Organiser un « UMPthon »

Pour être sûr d’être entendu, rien de tel que la politique spectacle. La convention organisée mardi dans le temple de Michel Drucker a pris des allures de jeu télé. Quelque part entre « Le Juste prix » et le « Téléthon », un énorme compteur calculant sur fond sonore de tiroir-caisse le « prix » du projet du PS a défilé pour atteindre la somme de 255,5 milliards d’euros. Dans le rôle de l’animatrice (forcément blonde), Valérie Rosso-Debord, déléguée générale du parti ; dans celui du cire-pompe officiel, l’autoproclamé « journaliste indépendant » (sic), Nicolas Rossignol, qui officie tant aux rencontres du Medef que de l’UMP.

2. Rappeler les vacheries des petits camarades

Haro sur Hollande ! Un programme « flou et mou » qui fait que « la France va dans les choux » … La rime est de Marc-Philippe Daubresse, porte-parole de l’UMP, et vise directement la prétendue mollesse du candidat du PS. Un candidat dont la droite aime tacler « l’indécision et l’ambigüité » . Mais comme l’a souligné Valérie Rosso-Debord, « c’est encore ses amis qui parlent le mieux de François Hollande » . Voir le petit clip diffusé sur les télévisions du Pavillon Gabriel, où se sont succédé les pires « petites phrases » des camarades socialistes sur le candidat. « Il n'a aucune épine dorsale, il manque de caractère » (Martine Aubry). « Franchement, vous imaginez François Hollande président ? » (Laurent Fabius). « François Hollande, son point faible, c'est l'inaction » (Ségolène Royal)…

3. Rendre le PS coupable de tous les maux…

Tous aux abris ! Si le PS arrive au pouvoir, c’est la « chienlit » assurée ! Après avoir comparé les partisans de Montebourg aux « Bolchéviks en 1917 » Jean-François Copé, le patron de l’UMP, a alerté d’un air grave sur la vision du PS, « dangereuse » et « suicidaire » . Les jeunes en déshérence ? L’insécurité ? L’augmentation des factures EDF ? Et même, horreur, la suppression des niches fiscales et l’augmentation des impôts ? La faute au PS, pardi ! Qui veut la « suppression des CRS » , le « désarmement des policiers municipaux » , mais aussi « sortir du nucléaire »« Le PS n’est pas un bon médecin pour la France » , a assuré Xavier Bertrand, ministre de la Santé, qui parle de « coercition » quant il s’agit de réguler l’installation des médecins libéraux…Et qu’on ne s’y trompe pas : ce n’est pas la note de la France que Moody’s veut dégrader, « c’est le programme de M. Hollande qui est mis en surveillance par Moody’s » , a osé Luc Chatel, ministre de l’Education nationale. « La seule remise en cause de la réforme des retraites serait une baisse de la note de la France » , a ajouté, sourcils froncés, François Baroin, ministre de l’Economie. Même refrain concernant la potentielle dépénalisation du cannabis évoquée lors de la primaire : « La levée de ce frein conduirait à sacrifier une grande partie de notre jeunesse » , a alerté Nora Berra. Rien de moins ! 

4. « Vieillir » à l’excès le projet socialiste

Le projet du PS ? Des « emplois jeunes » (sic) à l’encadrement des loyers, c’est toujours les mêmes « vieilles lunes » et les mêmes « vieilles recettes » … Tout bonnement « périmé » selon Nathalie Kosciusko-Morizet, ministre de l’Ecologie. Tout au long de la convention, les ténors de la majorité se sont employés à « vieillir » excessivement les propositions socialistes. Comme Jeannette Bougrab, secrétaire d’Etat à la Jeunesse, qui a opportunément rappelé qu’en réalité, « l’allocation d’autonomie [pour les jeunes] date de 1946 » . La sécu aussi !

5. Se faire plus à gauche que la gauche

On connaissait la droite draguant les voix du FN… La voilà qui se veut plus sociale que les socialistes ! « J’ai cherché le mot “social” dans les débats [des primaires] , je ne l’ai pas trouvé » , s’est émue la ministre des Solidarités Roselyne Bachelot. L’allocation d’autonomie va « porter atteinte à l’égalité des chances » et conduira à la suppression « des bourses sur critères sociaux » , a renchérit Jeannette Bougrab, rappelant au passage que François Hollande est « fils de médecin » . A les entendre, Sarkozy, lui, est en revanche le Che Guevara français ! « Qui a proposé la taxe carbone ? Qui a proposé la taxe sur la régulation financière ? Qui a mis plus de régulation dans la mondialisation ? » , a fait mine de s’interroger Bruno Le Maire, ministre de l’Agriculture. « Le quinquennat de Sarkozy, c’est un grand quinquennat social » , s’est enflammé Roselyne Bachelot. Les « assistés » , « cancer de la société française » (dixit Laurent Wauquiez) apprécieront…

6. Citer des personnages illustres

Comment donner l’impression de la logique même quand on ne l’est pas ? Première possibilité : la fausse évidence : « Quand on vit plus longtemps, on doit travailler plus longtemps » , a énoncé doctement Eric Woerth le viré du gouvernement. Deuxième option, citer des intellectuels avec force sous-entendus. Pour Bougrab, c’est Malraux : « La jeunesse attire les démagogues comme le miel attire les mouches » . Et vlan !, dans les tibias d’Hollande, qui fait de la jeunesse sa marque de fabrique durant la campagne. Pour Rosso-Debord, qui s’insurge contre les propositions du PS sur le logement, c’est « le prix Nobel d’économie »  qui l’a dit : « La meilleure façon de détruire une ville, c’est de bloquer les loyers » . On est prié de la croire sur parole…

7. Le PS : l’impasse. L’UMP : le chemin

À l’UMP, on aime filer les métaphores lyriques. « La seule route que propose le PS, c’est une voie sans issue. Nous, on propose le chemin de la vie » , s’est exclamée Nadine Morano, sous-ministre à l’apprentissage. Pour Copé, « nous, on construit un chemin, eux, c’est l’impasse. Notre rôle va être d’éclairer le chemin » . Amen !


Photo : ALEXANDER KLEIN / AFP

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