Mayotte s'embrase contre le coût de la vie

Dans l’indifférence générale, le département de Mayotte vit un mouvement social tendu depuis une semaine. Syndicats et associations de consommateurs ont appelé à la grève générale pour dénoncer le coût de la vie. Les négociations sont bloquées.

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Véhicules de gendarmerie blindés et gaz lacrymogènes sont de sortie à Mayotte. Dans l’indifférence quasi générale, plusieurs milliers de personnes manifestent quotidiennement depuis une semaine, bloquant les rues et les activités économiques de l'île. Les stations services et les supermarchés ne sont plus approvisionnés. Dans les cortèges, les jets de pierres répondent aux gaz lacrymogènes et plusieurs affrontements ont éclaté la semaine dernière entre les manifestants et les forces de l'ordre. Mardi 27 septembre, cinq personnes ont été légèrement blessées en marge de la manifestation et des journalistes ont été pris à parti mercredi. Depuis, les blindés ont été appelés en renfort ainsi que deux pelotons de gendarmerie réunionnais, d'après la presse locale.

Les organisateurs dénonçaient alors la présence policière et les dispersions au gaz lacrymogène comme de « véritables provocations » venant du préfet. Le responsable de la communication de la police nationale, le capitaine Chamassi dénonçait en réponse « des éléments incontrôlés » qui s'attaquent « aux biens et aux personnes, allant jusqu'à utiliser des cocktails molotov » .

Le mouvement a débuté mardi 27 septembre à l'appel de l’intersyndicale (CGT-Ma, Cisma-CFDT, Solidarité mahorais et le Collectif des citoyens perdus) associée à des associations de consommateurs (Ascoma, Afoc) qui dénoncent le coût de la vie, en écho à la mobilisation nationale dans l'éducation. Des négociations prévues de longue date devaient s'ouvrir avec les patrons de grandes surfaces concernant les prix du sable, du gaz et des produits de première nécessité (sucre, huile, œufs, sardine et riz et ailes de poulet).

Un geste était attendu de la part des responsables économiques face à la plateforme de revendications présentée par les syndicats. Mais il n'en a rien été. « C'est justement leur réponse qui a déclenché notre mouvement, car notre ras-le-bol est très profond , explique Naily Boura M'Colo, secrétaire générale adjointe de Cisma CFDT, jointe par Politis.fr. Ils nous mènent en bateaux. Ni l'éloignement des fournisseurs, ni l'inflation des matières premières ne peuvent expliquer leurs prix. Les grandes surfaces font peser le poids des taxes douanières sur les consommateurs et elles s'entendent entre elles. Il n'existe pas de concurrence sur le territoire. »

Après quatre jours de conflit, des « avancées » ont été obtenues, tard vendredi soir d'après les leaders syndicaux cités par la presse locale : 10% de baisse, durant un mois, ont été concédés par les grandes surfaces sur le riz et les boîtes de sardine et une révision du prix du carton d'aile de poulet – devenu le mot d'ordre de la mobilisation – a également été acceptée. Lors d'une nouvelle rencontre, lundi, les chefs d'entreprises et les leaders syndicaux devaient s'entendrent au cas par cas sur des baisses de prix. Mais les représentants de l'intersyndicale ont quitté la table des négociations devant le refus des grandes surfaces d'engager des négociations sur les prix de 10 produits de consommation courante. Le prix du gaz, trois fois plus élevé sur l'île qu'en métropole, cristallise notamment le désaccord. Depuis, les discussions sont au point mort.

Les représentants syndicaux se préparent désormais à un long rapport de force, comme à la Réunion ou aux Antilles, où les mouvements contre la vie chère ont récemment paralysé l'économie pendant plus d'un mois. « Tout est bloqué, nous fermons les magasins pour qu'ils sentent le manque à gagner, raconte Naily Boura M'Colo. Nous sommes nombreux et déterminés. Et les visages ont changé dans les cortèges. Il y a moins de jeunes et davantage de mères de familles. C'est la ménagère maoraise qui est dans la rue aujourd'hui. »


Photo : capture d'écran Mayottehebdo.com et Magazine de l'océan indien.

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