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Il était « un pionnier de la télévision » , comme on l’écrit depuis l’annonce de sa mort, la semaine dernière. Pierre Dumayet a été un défricheur du petit écran, avec quelques autres de ses camarades, Pierre Desgraupes ou Pierre Lazareff, laissant libre cours à son imagination pour inventer des formes télévisuelles. À cette époque, la télévision, en noir et blanc et avec une seule chaîne, ignorait qu’il fallait des cerveaux disponibles pour la réclame.

C’est sans doute avec la littérature que Pierre Dumayet a signé ses émissions les plus marquantes. Homme de culture, il ne considérait pas celle-ci comme un bien personnel. Les titres même de ses émissions attestent de son souci de partage : « Lecture pour tous », « Lire c’est vivre »… Pour autant, il ne cédait pas à la facilité. Les auteurs qu’il invitait se comptaient moins parmi les succès du moment que parmi les écrivains construisant une œuvre : Marguerite Duras, Romain Gary, Robert Pinget… Il faut le voir, en 1958, s’excuser devant Claude Simon d’avoir trouvé son dernier roman « difficile » , relativiser illico cette appréciation et insister sur l’intérêt du livre. Pas d’humilité feinte chez lui. Une certaine distance ironique. Et une qualité d’écoute qui faisait éclore chez une domestique, une fermière ou un aristo, une parole intime et lumineuse à propos d’ Un cœur simple ou de Madame Bovary .

Flaubert était son grand homme, qu’il considérait, lui aussi, avec goguenardise. Il fit, à partir des manuscrits du maître, des émissions qui ressemblaient à des polars. Pierre Dumayet pouvait captiver en fouillant le sens de cette seule phrase : « Madame Bovary, c’est moi. » Après lui, il y eut l’ère Pivot. Qui aimait le foot et le beaujolais. Et qui ne manquait pas de demander aux auteurs qu’il interviewait : « Au fond, votre personnage, madame Duchmol, c’est vous, non ? » Chacun son talent.


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