L’éducation et l’école selon l’UMP…

Mardi 8 novembre, le parti de la majorité présentait ses idées sur l’éducation dans la perspective de la campagne de 2012. Au programme de ces trois longues heures de « débat » : vœux pieux, effets d’annonce peu réjouissants, et surtout, pas un mot sur le financement !

Pauline Graulle  • 9 novembre 2011
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L’éducation et l’école selon l’UMP…
© Photo : [UMP](http://www.u-m-p.org/videos-photos/photos)

Drôle de situation, pour un ministre en exercice, de présenter ce qu’il ferait… s’il était au pouvoir ! C’est le numéro auquel s’est livré Luc Chatel, ministre de l’Education nationale, lors de la convention de l’UMP dédiée à l’éducation, organisée hier devant un parterre clairsemé de militants, au Théâtre Bobino, à Paris.

L’exercice a commencé par cinq bonnes minutes d’autosatisfaction : « Je veux que vous soyez fiers du bilan de Nicolas Sarkozy » , a asséné le ministre. Fiers des 80 000 postes d’enseignants supprimés en cinq ans ? Du désastre de la formation des jeunes profs ? De la suppression de la carte scolaire, qui n’a fait qu’augmenter la ghettoïsation ? Non, bien sûr… Mais de « la révolution de la personnalisation » initiée par Sarkozy, a souligné Chatel qui veut « réfléchir à une école des temps modernes (sic) » .

C’est que « l’éducation est devenue un enjeu de compétitivité, la guerre économique de demain » . Alors, l’UMP fourbit ses armes : autonomie des établissements, refonte du statut des enseignants (une annonce qui inquiète déjà les syndicats), réorganisation des rythmes scolaires – ce qui reviendrait à défaire la semaine de quatre jours de Xavier Darcos…

« Nous voulons qu’il y ait moins d’enseignants »

Autour des tables rondes, animées par Nicolas Rossignol – le très cordial « journaliste » habitué des rendez-vous de l’UMP – les invités ont eux aussi tenté de se montrer imaginatifs. Il faut « interdire le tutoiement ! » , et ce,   dès la Maternelle, a réclamé, sous les applaudissements, Christine Maso – une institutrice qui estime par ailleurs que, question autorité et respect, « ça se passe mieux dans le privé » . Tandis que le député du Doubs, Jacques Grosperrin, rappelait que « nous voulons qu’il y ait moins d’enseignants mais qu’ils soient mieux payés » , Jean-Michel Fourgous, chargé de la promotion du numérique à l’UMP, a fait rêver la salle avec l’apprentissage de l’anglais par des Américains via… la visio-conférence. Tout un programme !

Jean-François Copé, patron du parti, est passé en coup de vent pour délivrer quelques phrases choc : « Chaque enfant est unique » , « la mixité sociale c’est bien gentil, sauf si c’est pour être tiré vers le bas » . Mêmes discours inspiré de Nadine Morano, ministre chargée de l’Apprentissage, qui n’a pas lésiné sur les vœux pieux : « Il faut arrêter d’orienter les jeunes par défaut, mais les orienter par talent, par conviction » ou encore « on peut commencer par un CAP et finir chef d’entreprise » .

Redresser la tête

La deuxième table ronde, consacrée à l’insertion des jeunes dans la vie active, a été inaugurée par Laurent Wauquiez, ministre de l’Enseignement supérieur et de la recherche, qui s’est, lui aussi, félicité de la réforme LRU« un travail considérable » qui « nous permet de redresser (sic) la tête » . S’enorgueillissant du décloisonnement entre université et entreprises envers et contre tous les « corporatismes » , il a raillé l’allocation d’autonomie proposée par le PS « qui consiste à envoyer le message à nos jeunes, “vous n’avez pas besoin de travailler”. Or les 35 heures ont déjà laminé le rapport au travail ! »

Mais l’annonce de propositions phares est restée chasse gardée de Jean-François Copé : soit la mise en place d’une sélection avant le collège qui, a-t-il juré, « ne sera pas le retour au certificat d’étude » même si elle y ressemble fortement… Ou encore l’expérimentation de collèges par classe avec des établissements réservés aux élèves de 6e/5e et d’autres, aux 4e/3e. Le tout, sans mentionner une fois la question du financement de ces projets. Le « quantitatif », a évacué Copé d’un revers de main, c’est bon pour « les socialistes » .

Politique
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